LIVRE QUATRIÈME
erimes commis contre Dieu, vous risquez d'usurper ses droits, d'être un tyran, et, ce qui est pis, de lui en donner l'air à lui-même. Mais Calvin ne voit et ne veut voir, en Angleterre comme à Genève, que la nécessité d% mettre les mœurs en harmonie avec la foi ; il ne comprend pas un chrétien ayant le pouvoir en main, et ne l'employant pas à faire régner l'Évangile.
Le Régent goûtait ce programme ; il fit de son mieux pour le remplir. Renversé, l'année suivante, par une coalition d'intérêts politiques et de haines religieuses, emprisonné, menacé de mort, ilprouva, par une chrétienne patience, que le christianisme n'était pas seulement, pour lui, un moyen de gouvernement, mais une force intime et une vie. C'est ce dont Calvin le félicite, en mai 1850, bien plus que du retour de fortune qui lui a rendu, en partie, son autorité de Régent. Chrétien dans la disgrâce, qu'il le soit encore, 'maintenant, en pardonnant à ceux dont il pourrait se venger ; qu'il le soit aussi en remettant courageusement la main à l'œuvre du Seigneur en Angleterre, ce Relevés d'une maladie périlleuse, ne devons-nous pas être soigneux au double et honorer ce bon Dieu à double, comme s'il nous avoit donné une seconde vie?... Dieu, en vous obligeant à soi de nouveau, a voulu vous inciter à faire mieux que jamais. » Mais Dieu, parfois, laisse
périr ses meilleurs ouvriers ; il ne yeut pas que uul homme se croie nécessaire à ses desseins. Le duc de Somerset fut renversé une seconde fois, et, peu après, monta sur Téchafaud, pleuré du jeune roi au nom de qui on le condamnait à y monter.
Mais ce jeune roi annonçait plus de zèle encore que le duc pour rétablissement définitif de la Réforme évangélique. Il avait quatorze ans lorsque Calvin lui dédia deux de ses ouvrages, le Commentaire sur Ésaïe et le Commentaire sur les Épttres Catholiques ; et rhonunage de ces deux livres ne s'adressait pas au roi seulement, mais à Tenfant extraordinaire déjà capable de les lire, de les juger et de s^én nourrir. Une raison précoce et des facultés éminentes avaient frappé d'étonnement, dès ses premières années, les maîtres chargés de l'instruire; une piété vive lui faisait trouver de l'attrait à toute étude religieuse, soit d'édification, soit de controverse, et c'est vers cette époque qu'il écrivit, sous forme de discours, un plan de réformation probablement calqué sur la lettre de Calvin au duc de Somerset. L'hommage des deux livres lui fut une grande joie ; Calvin, dans une lettre à Farel, raconte l'accueil fait à Londres au pasteur Des Gallars, chargé de les lui porter. Ils étaient accompagnés d'une lettre dans laquelle Calvin revient plus brièvement sur ce qu'il y aurait à faire, en Angleterre, pour