‹ CalvinChapitre 170 sur 212 · LIVRE OOATRIÉME · texte numérisé non relu

LIVRE OOATRIÉME

Trente pour raffermissement de leurs erreurs; hésiterons-nous à convoquer un concile pieux pour restaurer et propager la vérité? » L'intention était bonne ; Tidée, dangereuse. Un concile protestant n'eût probablement servi qu'à mettre en saillie, avec les divergences qui s'étaient déjà manifestées, celles qui disparaissaient, devant Rome, au milieu des périls et des hérolsmes de la lutte. Ne yalait-il pas mieux que chaque Église restât maîtresse de sa foi, et gardât, contre Tennemi commun, tout l'élan de la liberté? Rome exploitait, conune aujourd'hui, l'argument des diversités protestantes; les protestants répondaient, comme aujourd'hui, en combattant tous de leur mieux sous l'étendart commun de Jésus-Christ, et cette unité-là valait bien l'unité douteuse à laquelle on ne serait arrivé, comme l'Église romaine, que par l'exclusisme d'abord et le sommeil ensuite. Mais Calvin fut séduit par le côté grandiose de l'idée, peut-être aussi par le succ^ qu'il venait d'obtenir, comme nous le verrons, auprès des Églises de la Suisse, et par celui qu'il ne désespérait pas encore d'obtenir en Allemagne. Dans sa réponse, il remercie chaleureusement Cranmer de ce que les affaires d'Angleterre ne l'empéchept pas de songer aux intérêts généraux de l'Église. U trouve le projet pieux et sage, et, quant à lui. Volontiers il

traverserait « dix mers, » s'il le fallait, pour se rendre à cette assemblée bénie. La fin de la lettre est cependant un peu moins chaleureuse, si ce n'est même un peu embarrassée, et nous ne serions pas surpris que Calvin n'eût fait, sans le dire, quelques-unes des réflexions que nous venons de faire. Mais, ce qui ne varie pas, c^est sa vive affection pour l'Angleterre et son entière confiance dans les vertus du jeune roi.

La mort allait détruire toutes ces espérances, déjà réalisées en partie. Edouard mourut avant seize ans, et après lui régna sa sœur Marit^, dont tous les soins tendirent aussitôt à l'extirpation de la. Réforme. Elle tentait l'impossible. La Réforme avait jeté ses racines dans les entrailles du peuple anglais; le règne d'Edouard VI, quoique bien court, avait sufB, en la mettant, dans sa véritable voie, pour opérer en Angleterre ce que le règne de Calvin opérait à Genève. Mais Marie pouvait ce qu'on peut toujours quand on a la force en main, — faire des martyrs, et Cranmer fut une de ses victimes. Calvin, en 1580, remerciait Edouard VI de l'accueil fait par lui aux réfugiés français; Genève allait avoir des réfugiés anglais, chassés aussi par la persécution. En 1585, Calvin demande pour eux au Conseil l'usage d'un des temples de la ville. « Autrefois, dit le registre, lesdits Anglois

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