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ont reçu les autres nations et leur ont donné église ; mais maintenant il a plu à Dieu les affliger. » On leur prêta le temple de l'Auditoire, déjà prêté aux Italiens. Deux ministres, nommés par eux, furent agréés par le Conseil, et Tun de ces ministres fut remplacé, l'année suivante, par le futur réformateur de l'Ecosse, John Knox. La mort de la reine Marie et l'avènement d'Elisabeth les rappelèrent, en 1559, dans leur patrie, et, peu après, nous voyons l'Église française de Londres demander à la Compagnie un pasteur. La Compagnie,' avec l'agrément du Conseil, prêta le pasteur Des Gallars, celui qui avait porté au roi les livres de Calvin. Des Gallars resta trois ans à Londres, et nous le voyons, à son retour, chargé pour Calvin et pour Genève des plus vifs témoignages de la reconnaissance des Anglais.
Ainsi s'était établie, entre l'Angleterre et Genève, cette intime alliance que scellait et que scelle encore le grand nom du réformateur. La puissante monarchie et la petite république allaient être sœurs devant Dieu, soeurs même devant les hommes, tant la grandeur morale efface, même aux yeux du monde, toutes les inégalités ; et si l'une des deux devait quitter ]e nom de sœur pour prendre celui de mère, c'est l'Angleterre qui le donnerait, ce nom, à la cité de Calvin.
une des portions de la puissante monar* chie» FÉcosse, allait être plus spécialement la fille ou la sœur de Genève, Là devaient se graver, plus profondément qu'à Genève même, certains traits du génie et de la foi de Calvin.
John Knox n'était resté, en trois fois, qu'environ trois ans à Genève ; il n'y vint, d'ailleurs, qu'après avoir déjà courageusement fait ses preuves quant à la doctrine et au zèle. Que pouvait lui donner le réformateur genevois?
Rien, semble-t*il ; et il lui donna beaucoup, et Knox, en quittant Genève, se sentit comme un nouvel homme, et l'Ecosse, en revoyant Knox, se sentit, eUe aussi , comme sous un nouveau sôuf* fie de doetrine et de vie.
Que s'était<«il passé? -^ Laissons à de plus habiles le soin d'étudier comment le génie de l'Ecosse, personnifié en Knox, se trouva en communion si intime avec le génie de Calvin. Il y a toujours, dans ces questions, des éléments qui nous échappent, des choses que Dieu seul, le maître des cœurs, a pu savoir. Constatons simplement ce qui a été, ce qui est. L'Ecosse le manifeste assez hautement depuis trois siècles. Elle a été heureuse et fière de se rattacher, par Knox, à un plus grand que Knox, et cette reconnaissance, plus profonde peut*<étre aujourd'hui qu'à nulle
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autre époque , n'est pas moins glorieuse pour TÉ* cosse que pour Cal\in.
Grande fut aussi, grande est encore celle d'un autre peuple dont l'esprit de Calvin allait fixer les destinées. La Hollande, pas plus que l'Ecosse ou l'Angleterre, n'avait reçu de lui les premiers ferments évangéliques ; mais elle trouva en lui ce que cherchaient ses aspirations premières, et ce fut au milieu des plus effroyables luttes pour sa liberté, pour sa foi, qu'elle apprécia de mieux en mieux ce qu'il lui avait donné*
Nous avons nommé, à l'occasion des Anglais, les Italiens. Ceux-là, leur patrie ne les rappela jamais, et beaucoup figurent encore aujourd'hui, par leurs enfants, dans la cité hospitalière. Mais l'histoire de leur colonie à Genève nous appellerait à raconter, ^au début, diverses luttes dans les* quelles nous n'aurions pas toujours à louer le réformateur. Il ne pouvait, sans doute, s'exposer à compromettre son œuvre en laissant aux Italiens une liberté théologique qu'il refusait aux autres ; l'armée calviniste ne pouvait garder dans ses
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rangs que des soldats aussi soumis que zélés, et les Italiens paraissaient croire, au contraire, que le zèle pouvait dispenser de la soumission. Calvin, même plus porté à Tindulgence, n'eût guère pu tolérer des hardiesses comme celles qu ils se permirent parfois. On souffre, pourtant, à le voir si impératif, si âpre, avec des gens qui avaient bravé Rome de si près et tout quitté pour FÉvangile. Une erreur détruit radicalement, à ses yeux, le mérite de tout ce qu'on a pu faire ou endurer pour la foi ; lui-même, nous Tavons vu, il est prêt, sincèrement prêt, si on arrive à le convaincre d'erreur sur un seul point, à permettre qu'on ne voie plus en lui qu'un imposteur, un misérable, et qu'on le traite comme tel..
Le procès de Valentin Gentilis marque le point culminant de ces débats avec la colonie italienne. Tout ce que nous aurions à dire ici sur Calvin, soit à charge, soit à décharge, nous l'avons dit dans le procès de Servet. N'y revenons pas.
Gentilis fut moins courageux que l'Espagnol. Mis en jugement, comme lui, pour ses opinions antitrinitaires, une prompte rétractation lui sauva la vie à Genève, et lui fit, ensuite, chercher la mort. Tourmenté du regret d'avoir faibli, il n'eut pas de repos qu'il ne se fût réhabilité à ses yeux. Il revint donc, non pas à Genève, mais tout près, sur terres
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bernoises, et lança de là un défi à qui voudrait soutenir contre lui l'opinion du réformateur. Il réglait les conditions du combat. On ne pourrait citer que l'Écriture ; le vaincu serait mis à mort. Le gouvernement bernois n'accepta que la conclusion. Considéré comme déjà vaincu par le fait de sa condamnation à Genève, Gentilisfut conduit à Berne, et sa tête tomba sur l'échafaud. $es amis de Genève furent exilés ou s'exilèrent, et la communauté italienne rentra, non sans de secrets murmures, dans cette unité sans laquelle Calvin ne comprenait pas Genève, le rôle de Genève, et son rôle à lui au milieu d'elle.
Mais ces derniers événements furent postérieurs à la chute des Libertins. Ils appartiennent à une période que nous n'avons pas encore entamée. Nous ne les avons placés ici que comme liés aux précédents, et pour n'avoir pas à revenir sur ces tristes sujets.
Il nous resterait maintenant, pour achever l'histoire de la période antérieure, à dire quelques mots des écrits du réformateur pendant ces
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neuf années. Elles furent les plus fécondes de cette vie si pleine, et, en particulier, elles virent publier tous les Commentaireg éa Calvin sur le Nouveau Testament.
> Ainsi, en 1S46 et 47, les deux Épltres aux Corinthiens ; en 48, Épttres aux Galates, aux Éphésiens, aux Philippiens, aux Colossiens, et les deux à Timothée; en 49, Épttre à Tite et Épitre aux Hébreux; en SO, Épitre de saint Jacques et les deux aux Thessaloniciens ; en 51 , Épltres de saint Jean et de saint Jude, et nouvelle édition de toutes les Épttres de saint Paul ; en S3, les Actes ; en 53, saint Matthieu, saint Marc et saint Luc, commentés parallèlement, puis saint Jean. L'ancien Testament ne vint qu'après, sauf Ésale, publié en 1551 , et la Genèse en 54.
Les Commentaires de Calvin marquent une révolution dans Tétude de la Bible, et occupent, à ce titre ^ une place éminente, non-seulement dans l'histoire de la théologie, mais dans celle de l'esprit humain. C'est le bon sens détrônant l'érudition scolastique; c'est la vérité cherchée, sur chaque verset, sur chaque mot, par le plus droit et le plus court chemin. On a pu, sans doute, en bien des endroits, trouver mieux, mais précisément parce qu'on suivait sa méthode. La science biblique lui a dû, en un mot, ce que doit toute science à
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un homme qui la transporte sur le terrain des faits, et lui donne pour base l'observation, Texpérience. Cet homme pourra se tromper encore, et sur beaucoup de détails, et sur des points plus grave's; mais il aura ouvert la voie à tous les progrès ultérieurs, et il aura droit, en ce sens, à revendiquer comme siennes les choses mêmes qui viendront plus tard corriger telle ou telle partie de son œuvre. H faut, d'ailleurs, avec Calvin, ne jamais se hâter de croire qu'on a mieux compris, mieux vu que lui. L'exégèse moderne a eu souvent la surprise de découvrir que ce qu'elle croyait neuf était chez Calvin depuis trois siècles ; souvent aussi, après avoir hautement rejeté telle ou telle de ses interprétations, on y est revenu, de nos jours, comme à la meilleure. Même, enfin, dans les choses qu'il ne pouvait pas savoir, celles que les voyages, Tarchéologie ou d'autres sciences, n'ont éclaircies qu'après lui, sa haute raison suffit souvent pour lui faire entrevoir le vrai à travers toutes les erreurs et toutes les ignorances de son temps.
Ce temps se croyait savant; il avait, à certains égards, raison de le croire. Mais sa science était surtout de Térudition, et l'érudition, mal employée, est la mort de la vraie science, le fléau de l'esprit humain. Calvin, commentateur, ne la dédaignera