LIVRE QUATRtÈttË
pioche ; il n'entend pas ouvrir le moindre bout de BiUon où ne puisse germer et fructifier une idée , semée là de la main de Dieu.
Encore un point, par conséquent, où apparaît l'unité vivante de son œuvre. Dans Y Institution^ qui en est comme le programme^ toujours la pratique à côté de la théorie, Fhomme moral à côté de l'homme croyant, ou, pour mieux dire, unité complète des deux hommes, tellement que, là où manquerait l'un des deux, Calvin niera que l'autre existe. Dans les lois de Genève, consécration politique et civile de cette idée, poursuite opiniâtre, impitoyable, s'il le faut, de ce même idéal. Dans les Commentaires, enfin, recherche attentive et pieuse de tout ce qui pourra fournir aux hommes les moyens de le réaliser.
Mais ce qui rend surtout cette recherche fructueuse, c'est l'expérience chrétienne que l'auteur y déploie. Là est sa grande habileté, car il est alors mieux qu'habile : il est chrétien, purement chrétien. Vous aurez beau, en commentant la Bible, ne vouloir rien dire que d'utile; à quoi servira l'intention si vous ne discernez pas, faute d'expérience, ce qui est utile ou non, ce qui servira ou non à développer la vie chrétienne? Il faut donc, pour cela, avoir vécu de cette vie, et, déplus, en avoir vécu en se repliant sur soi-même, en étu^
422 GàLVitf.
diant, dans son propre cœur, rinfluence, la portée, la fécondité de chaque idée« Voilà le travail intérieur dont les résultats sont empreints à chaque page des Commentaires ; voilà aussi le secret de leur puissance. Us sont, quoique sans chaleur, profondément vivants, et, grâce à ce caractère de sérieuse vérité, Tabsence de chaleur n'est qu'un nouvel élément d'autorité, de force : on sent l'homme qui ne veut dire que ce dont il aura par devers lui, en lui, quelque irrécusable preuve. De là aussi un résultat qui surprend, au premier abiHrd,. quand on se rappelle que l'auteur est pourtant Calvin, l'absolu Calvin : c'est qu'on est à l'aise a^ec lui. Le Calvin des Commentaires n'est pluSy sauf en quelques endroits, celui que nous nous faisons d'ordinaire ; c'est un ami qui vous promène à travers le champ de la Bible, vous racontant ce qu'il a vu, vous invitant à^voir, vous arrêtant peu sur les fleurs, mais beaucoup sur les fruits, et vous offrant avec une sereine bienveillance ceux qui lui ont paru, à lui, les plus sains, les plus nourrissants. Mais il ne s'en tient pas à vous guider: il vous consulte, en quelque ëorte, s'aidant de votre expérience, et vous forçant amicalement, si vous n'en avez guère encore, d'en acquérir. Vous tenez la plume avec )ui ; vous ne sentez sa supériorité que par le charme qu'on éprouve à