LIVRE QUATRIÈME
d'une chose que la tradition même se refusait à établir, entre autres la canonicité des apocryphes. Erreurs de fond ou vices de forme, contradictions, lacunes, obscurités involontaires, obscurités calculées, par exemple celles du décret sur la grAce, Calvin a tout vu, Calvin dit tout, et le concile, en somme, n'a encore produit qu'une page vraie, pleinement vraie : celle que les légats du pape, dans leur instruction d'ouverture, ont consacrée à peindre les vices du clergé, les maux de l'Église, la nécessité d'y porter remède. "Mais, ce remède, les décrets du concile sont la meilleure preuve que l'Église romaine ne le possède pas, — et les décrets postérieurs allaient le prouver encore mieux.
Calvin ne s'est donc trompé qu'en une chose. Il a cru — ce que croyaient alors comme lui tous les catholiques, y compris les membres- du concile, — que c'était affaire manquée , que l'obligation de formuler tant d'en*eurs jusque-là flottantes était un malheur pour le romanisme. Il jugeait donc encore trop favorablement l'Église romaine ; il ne la croyait pas capable de faire assez bon marché de l'Évangile pour accepter l'œuvre de Trente, et pour retrouver là son unité, son autorité, sa force.
Le concile, d'ailleurs, venait d'être suspendu, et l'on pouvait douter qu'il fût jamais réuni de nouveau, ce qui n'eut lieu, en effet, qu'après quatorze
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ans. De là, en AUems^ne, le fameux Intérim de Charles-Quint, décret bizarre par lequel on avait imaginé de régler ce que protestants et catholiques auraient provisùirement à croire, jusqu'à ce qu'un bon et vrai concile, reconnu de tous, les mît d'accord. L'Intérim renfermait certainement de bonnes choses; mais, s'il était assez protestant pour déplaire fort aux catholiques, il était assez catholique pour déplaire encore plus aux protestants. Quelques-uns, pourtant, en Allemagne, s'en montraient satisfaits et tâchaient de l'être. C'est à eux que Calvin en veut surtout dans son Intérim aduUero-germanum^ publié ensuite en français sous le titre de Deux traités touchant la réformation de l'Église, et le vrai moyen d'appointer les différens qui sont en icelle. Ce vrai moyen, selon Calvin, ce n'est pas et ce ne sera jamais celui des moyenneurs, des gens à accommodements, à compromis, comme ceux qui ont rédigé l'Intérim ou qui l'approuvent. Non qu'il blâme; en principe, toute concession ; mais il voit, en fait, que tous ceux qui se mettent à en faire en font trop, et que; d'ailleurs, pour un homme qui s'y prête dans des intentions vraiment chrétiennes, beaucoup ne songent qu'à vivre en paix à tout prix. Arrière donc ces a bâtisseurs d'une concorde fardée ; » arrière cette concorde dont le programme n'est qu'un tissu d'équivoques, un