LITRE QUATRIÈME
long va-et-vient entre TÉvangile et Rome, entre la lumière et les ténèbres.
Après avoir ainsi caractérisé l'œuvre en soi, Calvin en reprend un à un tous les articles. Erreurs, demi-erreurs, grandes et petites finesses, conséquences patentes, conséquences cachées, il n'omet rien, ne pardonne rien, et sa conclusion reparaît, à chaque fois, plus évidente. Non, le moyen des moyenneurs ne vaut rien. Un seul est bon : la franchise, le franc retour à TÉvangile, la franche profession de l'Évangile. Cette conclusion, Calvin la développe encore une fois, en terminant, dans un morceau plein de vie, éloquent appel à tout souffrir plutôt que d'abandonner, même en de petites choses, les droits et les intérêts de la vérité.
Cet ouvrage n'est donc pas seulement une protestation contre l'Intérim; il a son importance dans l'histoire de l'œuvre de Calvin. Que l'auteur y ait songé ou non, c'est sa réponse à ceux qui veulent que la Réforme calviniste ait rompu trop complètement avec le catholicisme. N'y avait-il donc rien à garder? nous dit-on encore aujourd'hui. N'eût-il pas mieux valu, dans l'intérêt même de la cause, se montrer plus accommodant? — « L'intérêt de la cause » est une pensée humaine que Calvin méprise, repousse, ou, plutôt, n'aborde jafiiais, même pour la repousser, car elle n'existe
pas pour lui. Il ne connaît, en toute chose, que l'intérêt de la vérité, et quand la cause devrait, humainement, en souffrir, peu lui importe. Mais, ici, il n'admet pas qu'elle en souffre ; la Réforme a tout à gagner, même humainement, à rompre avec tout ce qui n'est pas l'Évangile. Si vous voulez vaincre par la Bible, — et par quoi d'autre songeriez-vous à vaincre? — il ne faut pas commencer par vous accorder à ses dépens, même sur des choses secondaires, avec ceux qui l'ont abandonnée ou travestie. N'oubhez pas, d'ailleurs, que c'est par les choses secondaires, formes, pratiques, usages, que Rome a établi et maintient encore son empire. Ce peu que vous lui céderiez, ce serait beaucoup entre ses mains ; vous lui auriez fourni de quoi vous reconquérir, sinon vous, du moins vos enfants. Voilà ce que Calvin avait compris. Le danger de faire autrement serait-il moindre aujourd'hui? Quelques-uns le pensent, n leur semble qu'une position dessinée par trois siècles de luttes ne saurait être compromise en se laissant entamer sur quelques points peu importants. Nous ne sommes pas de cet avis, et nous pensons que la plupart des réflexions de Calvin sur l'Intérim sont tout aussi justes aujourd'hui qu'elles l'étaient en 1549.