LIVRE QUATRIÈME
culte. Quiconque assiste à la messe approuve la messe, et, avec la messe, tout ce qui y tient, tout ce dont elle est devenue le centre. Quiconque se soumet à une des formes romaines se soumet à l'autorité qui les a établies, et renverse, par là même, autant qu*il est en lui, Tautorlté de Jésus- Christ. « Tenons, en somme , cette règle, 'que tou* tes inventions humaines, dressées contre la Pa* rôle de Dieu, sont vrais sacrilèges... Je sais combien cette rigueur semble dure et insupportable à ceux qui voudroient qu'on les maniât selon leur appétit... Que veulent-ils que j'y fa^e? Je ne les ai traités, jusques ici, que trop doucement. Que j'en parle ou que je m'en taise, nous ne laissons pas d'être tous obligés à cette loi. » Malheur donc à ceux qui « renoncent obliquement l^ur chrestienté I )> Malheur à ceux qui sont « tellement enfi)rtillés au monde » qu'ils ne peuvent pas, disent-ils, être jugés comme les autres ! u II n'y a ici exemption ni privilège pour grands ou pour petits, pour riches ou pauvres. Que tous donc ploient le col. Que le pauvre craigne, de peur que s'il dit : Je ne sais que faire. Dieu ne lui réponde : Je ne sais non plus que faire de toi. Que les riches ne s'enivrent pas en leurs aises, et qu'ils apprennent à tenir pour ordure et dommage tout ce qui les détourne ou retarde de vivre chrestiennement, »
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Dans le deuiième sermon, Calvin exhorte à tout sou&ir plutôt que de ne pas se déclarer ouvertement pour rÉyangile. Il insiste surtout sur cette idée, souvent développée dans ses lettres aux martyrs, que la force arrive avec l'épreuve et en pro- ♦ portion de l'épreuve. « Un jeune homme qui a ici habité avec nous, étant pris en la ville de Toumay, fut condamné à avoir la tète tranchée s'il se dédi- Boit, et à être brûlé vif s'il persistoit. Quand on lui demanda ce qu'il vouloit faire, il répondit simplement : Celui qui me fera la grâce de mourir pour son nom, me fera bien la grâce d'endurer le feu. i» Mais Calvin cite rarement ces beaux traits que l'histoire contemporaine lui eût fournis en foule ; il craint, dirait-on, de diminuer devant Dieu la gloire des martyrs en les louant deva^t les hommes, ou peut-être encore d'autoriser les timides à s*en remettre aui forts du soin de combattre et ae vaincre. Souvent même, en le lisant, on pourrait ne pas se douter que cette génération à laquelle il prêche le courage est celle qui avait nourri et nourrissait tant de grandes âmes; on la croirait plutôt toute composée de gens faibles, trahissant ou prêts à trahir leur foi. Toujours donc , comme nous disions, le général d'armée. Dix soldats faiblissant l'affligent et l'indignent plus que ne le toucheront mille qui meurent.
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Le troisième discours a pour but d'apprendre aux fidèles à apprécier le bonheur de posséder la vérité, d'être véritablement « en l'Église, » laquelle, selon Calvin, n'existe véritablement que là ^ où est professée la vraie foi. Ceux qui n'ont eu rien à faire pour se procurer ce bonheur, vu que Dieu €( est venu les visiter en leur nid, » qu'ils tremblent de s'en rendre indignes en ne l'appréciant pas. Ceux qui l'ont acheté par des sacrifices, par l'exil, qu'ils ne se figurent pas, pour cela, l'avoir payé, et, surtout, qu'ils ne se croient pas moins coupables s'ils déshonorent par leur vie cette «( maison de Dieu i» qu'ils sont venus habiter. Mais, de ce que Genève ou tout autre lieu de refuge n'est pas peuplé uniquement de saints, sera-t-il permis de conclure qu'autant .vaut rester « en la papauté ? y> Malheur à ces « glorieux vilains » qui font fi de la liberté de servir Dieu en esprit en en vérité ! Ne peut-on pas, disent-ils, c< prier Dieu à part soi? » Faut-il donc absolument « trotter à Genève? x> Eh bien! qu'ils n'y vienaent pas. Ils peuvent faire encore mieux : c'est de planter où ils sont, en pleine papauté, le drapeau planté à Genève. Mais ils sont trop poltrons pour cela, nos a philosophes de ca- » binet, et ils comprennent trop peu ce que vaut » le don de Dieu. » A nous de le comprendre ; à nous de le faire'comprendre.
Dans le quatrième sermon, Calvin se propose de montrer a combien on doit prendre de peine pour racheter la liberté de servir Dieu purement.» Les développements sont ce qu'ils devaient être à cette époque, c'est-à-dire pleins de détails, de faits, de réfutations et d'exhortations spéciales, telles que pouvaient les désirer , dans leurs circonstances diverses, ceux qui avaient à quitter patrie et biens. Mais il veut que le sacrifice soit complet; il n'entend pas que le chrétien exilé se croie en droit de demander des compensations terrestres, ni, encore moins, de se les faire assurer avant de partir. Ah ! s'ils avaient « appris et retenu cette doctrine de David d'aimer mieux un petit anglet au seuil du temple que les lieux les plus hauts qu'ils pourroient choisir ailleurs, ils ne se trouveroient pas si empêchés à prendre conseil. » Nous leur disons bien, nous, au nom de Dieu ce qu'ils ont à faire ; mais ils voudraient qu'en même temps on leur enseignât « état et moyen de vivre. » Dieu nous a-t-il donc faits « maîtres-d'hôtel » pour leur assurer logement, et pour « leur donner, à chacun selon sa qualité, pension et gages? » Calvin sait bien ce qu'a fait et ce que fera toujours Genève pour les exilés sans pain; il sait aussi que leur plus dévoué « mattre-d'hôtel, » c'est lai. Mais promettre quoi que ce soit, ce serait autoriser l'exilé
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à compter sur les hommes, sur un homme ; il faut que Dieu soit et reste, pour la terre comme pour le ciel, son unique espérance, son unique salut.
Ces discours ont des pages d'une irréprochable éloquence, rachetant amplement les inégalités dont elles sont entremêlées. Ils peuvent, du reste, donner une idée assez exacte de la manière de Calvin comme prédicateur, et c'est ce qui nous a fait nous y arrêter quelques moments.
Mentionnons encore quelques ouvrages purement théologiques ou purement polémiques.
Nous ne reviendrons pas sur le livre contre Servet ; mais nous trouvons -:
En 1550, un traité Sur V éternelle prédestination et la Providence de Dieu , et un autre Sur la vie chrestienne.
En 1552, une nouvelle édition, retravaillée et augmentée, du premier de ces deux traités.
En 1554, une Brève réponse aux calomnies d'un certain brouillon sur la doctrine de la prédestination. Ce c( certain brouillon, » c'est Castalion, et ce mot n'indique que trop le ton de l'ouvrage. Nous avons
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déjà dit combien Calvin se montra dur envefs soti ancien ami. Il ne le fut pas moins dans une seconde réponse, publiée en d557. Quand on relit aujourd'hui telle ou telle des pages par lesquelles Castalion s'attira ces attaques, grande est la tentation de voir tous les torts chez Calvin. Castalion •
s'est fait l'apôtre de la tolérance; Castalion, en plein seizième siècle, a dit tout ce que dirait aujourd'hui le chrétien le plus éclairé, le plus large. Mais c'est précisément là, si on est juste, qu'on trouvera l'excuse des vivacités de Calvin ; on comprendra qu'une pareille largeur ait dû lui paraître l'abandon des droits de la. vérité. Ne l'estelle pas, en fait, souvent? Et si cet inconvénient, quoique moindre, à nos yeux, que ceux de l'intolérance, nous parait cependant si grave, pouvait-il ne pas effrayer Calvin ?
En 1555 parut un autre ouvrage, sa Défense de la saine et orthodoxe doctrine sur les sacrements, leur nature, leur efficacCy etc. L'année suivante, deuxième Défense^ dirigée contre Westphal, et, en i557, Dernier Avertissement à ce même Westph£d, dont les idées ultra-luthériennes sur la Cène étaient plus dignes, en effet, d'un docteur de Sorbonne que d'un théologien de la Réforme. Il y eut, là encore, de tristes oublis de charité. Ajoutons cependant que le pasteur de Hambourg avait