LIVRE QUATRIÈME
rable, — ils arriveront assez aux conclusions que nous poumons mettre ici. On pourra récapituler des fautes ; mais on s'inclinera devant cette activité infatigable, fabuleuse, perpétuel triomphe de la foi sur toutes les angoisses de l'esprit et du corps.
La période suivante, comprenant aussi neuf années , nous conduira jusqu'à la mort de Calvin. Nous aurons moins de faits à raconter. Non que l'activité de Calvin se fût relâchée; mais, de plus en plus reconnu comme centre et chef de la Réforme dans toute l'Europe occidentale, il se trouva mêlé dans une foule d'événements dont le récit serait plutôt l'histoire du siècle que la sienne. Nous nous en tiendrons donc à ce qui rentre spécialement dans celle-ci.
Nous avons vu les Libertins lui disputer Genève, et Genève, enfin, lui rester; nous aurons donc à le montrer achevant de la faire sienne, et de la former au grand rôle qu'il aspirait à lui assurer. Ce rôle, nous avons vu que la présence de Calvin avait suffi pour le donner à l'Église de Genève, même sous les Libertins , même en ces temps où le réformateur pouvait chaque jour être chassé. L'Europe n'eut donc pas à s'apercevoir beaucoup du changement survenu dans la petite république, rendue à l'ordre et à la paix ; mais Calvin, tranquille dans sa citadelle, put d'autant mieux
se livrer aux innonabrables soins que tant d'Églises réclamaient de lui.
Cette tranquillité n'était, il est vrai, que relative. Calvin n'avait plus à craindre au dedans ; mais la citadelle pouvait, tous les jours, être attaquée, être emportée, et Calvin ne savait que trop sur qui tomberait, dans ce cas, la première fureur de l'ennemi. Nous avons déjà raconté l'attaque préparée, en i5()3, à l'instigation des Libertins exilés. Calvin n'avait plus que cinq mois à vivre ; il est douteux qu'on les lui eût laissé achever. Trois ans auparavant, la ville hérétique s'était vue plus menacée que jamais. Les princes catholiques demandaient la réouverture du concile; le papç, qui en avait peur, proposa, comme diversion, qu'on commençât par abattre Genève. On a retrouvé les lettres que Pie lY et le cardinal Borromée, le futur saint Charles Borromée, écrivaient à cette occasion au* roi de France, au roi d'Espagne et au duc de Savoie. Tout le plan de campagne y est tracé. Le roi de France enverra des troupes par la Bourgogne, le roi d'Espagne par la Franche-Comté ; le duc aura son armée renforcée par un corps de cavalerie que lui enverra Pie IV, et le trésor papal lui comptera vingt mille écus pour aider aux préparatifs. Trois armées allaient donc fondre à la fois sur Genève ; rien ne pouvait, humainement, la sauver. Mais, Genève prise, à qui la