LIVRE QUATRIÈME
donner? Cette difficulté, après Dieu, fut son salut, aucun des trois souverains ne se souciant de la conquérir pour un des autres. Mais elle passa des mois dans des transes continuelles, et, à vrai dire, durant toutes ces années, elle n'eut pas un seul jour de pleine sécurité. Ainsi faisait-elle, sous Calvin, Tapprentissage de cette rude vie qui allait si longtemps être la sienne. Elle s'habituait à n'avoir pas son existence assurée pour un an , pour un mois, et à ne rien rabattre, pour cela, de son ^ activité ni de son courage.
Loin donc de chercher à se faire oublier, ce qui, d'ailleurs, lui eût été impossible avec Calvin, elle s'associait de mieux en mieux à l'œuvre et au génie de celui qui l'avait façonnée à son image ; elle acceptait la responsabilité de cet apostolat dont le champ allait s' élargissant, mais dont tous les périls menaçaient de fondre sur elle. En janvier 1561, au plus fort de ces craintes qu'excitaient les. menées du pape, on reçoit une lettre où Charles IX se plaint vivement des troubles semés dans son royaume par les prédicants venus de Genève ; il somme le Conseil de les rappeler sans délai. Grand émoi, là dessus, dans le ConseiL Cette lettre est peut-être le premier acte du drame qui se prépare. Que faire ? On charge Calvin de répondre ; il saura bien trouver ce qu'il y a de mieux à dire pour écarter le
danger, si c'est possible, sans renier les courageux prédicants qui se sont formés à' son école. Calvin rédigea donc la lettre. Les formes sont humbles ; le fond est ferme. Les ministres de Genève n'ont envoyé personne en France ; mais, tous les gens qui se sont adressés à eux et qu'ils ont trouvés « de quelque savoir et grâce, » ils les ont exhortés « à s'employer, partout où ils viendroient, pour l'avancement de l'Évangile. » Les ministres de Genève n'ont pu et ne pourront jamais faire autrement, car « puisqu'ils sont persuadés que la doctrine qu'ils prêchent est de Dieu, tendante à ce que la grâce qu'il nous a faite en Jésus-Christ soit connue comme il appartient, il ne se peut faire qu'ils ne désirent qu'elle soit semée partout. » Le roi très-chrétien pourrait-il ne pas le désirer aussi? Et après cette réflexion presque ironique, il en vient à ces a troubles » que le roi reproche aux prédicants. Les troubles proprements dits, ils y sont totalement étrangers. c( Ils ont mi& peine de tout leur pouvoir d'empêcher qu'il ne se fît nulle émeute ; ils n'ont jamais donné conseil de rien changer ou attenter en l'état public. » Mais si on veut appeler « trouble » toute émotion causée par la prédication de l'Évangile, tout succès obtenu par ceux qui le prêchent,— alors les prédicants sont coupables, trèscoupables, mais ce n'est pas Genève qui leur défen-