LIVRE QUATRIÈME
dra de Tétre ainsi. Telle est la conclusion, un peu voilée, mais claire, pourtant, de cette lettre, — et cette lettre arriva au roi signée, non de Calvin, mais des a Syndics et Conseil de Genève^ » selon la fonnule officielle.
Les faits restèrent conformes aux paroles. Une lettre du réformateur à BuUinger (mai 1561) nous montre comment s'organisait, par la seule force des choses, cette active et puissante propagande. n n est incroyable, écrit Calvin, avec quelle ardeur nos amis se dévouent au progrès de l'Évangile. Autant on est avide, auprès du pape, à solliciter des bénéfices, autant ils le sont^ demander du service dans les Églises sous la croix. Ils assiègent ma porte pour obtenir une portion du champ à cultiver ; jamais roi n'eut de courtisans plus empressés que les miens. Ils se disputent les postes, comme si le règne de Jésus-Christ était paisiblement établi en France. Je cherche parfois à les retenir. Je leur montre l'atroce édit qui ordonne la destruction de toute maison où le culte aura été célébré. Je leur rappelle que, dans plus de vingt villes, les fidèles ont été massacrés par la populace. Mais rien ne les peut arrêter. » Ces lignes sont un des rares morceaux où Calvin s'est un peu laissé gagner par l'enthousiasme. Il est heureux de cette papauté apostolique dont le revêtent les solliciteurs du mar-
lyre ; il eu est fier, non pour lui , car il n'y a pas là un mot d'orgueil, mais pour la noble cause dont il se voit le chef.
Mais Tenthousiasme ne lui fit jamais oublier le côté plus positif de son rôle ; au milieu de cette jeune et ardente milice, il resta l'homme de la discipline et de Tordre. Il n'avait pas attendu les réclamations de Charles IX pour défendre aux protestants du royaume tout ce qui pourrait, avec justice, être appelé trouble ou violence. On a eu beau fQuiller toutes ses lettres aux Églises de ce pays ; on n'y a p^is trouvé un mot qui pût être considéré comme un appel à la force, aux représailles, et ses ennemis ont été réduits àfâbriquer les deux fameuses lettres qu'on cite encore quelquefois, bien que la fausseté en ait été surabondamment prouvée. On a récemment examiné les prétendus manuscrits originaux, conservés dans les archives de la famille d'Alissac. Non-seulement ils ne sont ni de l'écriture de Calvin, ni de celle d'aucun de ses secrétaires connus, mais ils sont pleins de fautes d'orthographe et de style, qu'on avait eu grand soiu de corriger à Timpression . Ces fautes corrigées, le style n'est encore en rien
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Celui de Calvin ; on ne saurait exprimer plus niaisement des conseils de meurtre, de pillage, puis de basse humilité envers le baron du Poët, humilité dont Calvin n'approcha jamais , même dans ses lettres aux plus grands princes. Enfin, dans la première, M. du Poët est appelé Général de la religion en Dauphiné^ et cette lettre est datée de 1847, époque où la Réforme n'avait, en Dauphiné, ni un soldat, ni même une Église organisée, et où M. du Poët était encore catholique ; dans la seconde, datée de 1561, le même personnage est appelé Gouvemeur de Montélimart et grand chambellan de Navarre^ dignités dont il ne fut revêtu que longtemps après la mort de Calvin.
Quand nous n'aurions pas ces détails, la fraude ressortait assez du contraste que ces deux lettres faisaient avec les autres, ne fût-ce, par exemple, qu'avec celle qu'il écrivait, en 1862, au fameux baron des Adrets, dont les violences déshonoraient la Réforme, et qui allait finir par se refaire catholique. Mattre de Lyon, Des Adrets y autorisait les désordres d'une soldatesque formée sur ses mauvais exemples. « Il est bien temps, lui écrit Calvin, qu'on se modère. Il vous y faut évertuer, monsieur, et surtout à corriger un abus qui n'est nullement supportable : c'<3St que les soudarts prétendent de butiner les calices, reliquaires et tels instruments
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des temples. Qui pis est, on nous a rapporté qu*un des ministres s'étoit fourré parmi eux... Horrible scandale pour diffamer l'Évangile^ et pour exposer à opprobre la cause qui est si bonne et sainte de soi... Nous n'avons pas fait difficulté, monsieur, de vous en mander privément notre avis, et vous exhorter au nom de Dieu de vous y employer vertueusement. » Ainsi, la seule pensée des désordres commis à Lyon lui gâte tout le bonheur de voir entre les mains des protestants cette ville qui leur a été si cruelle. Ce sentiment se retrouve, dans ses lettres, en beaucoup d'autres occasions. Aucun succès ne le réjouit assez pour qu'il prenne son parti de le voir accompagné ou suivi de choses qu'il n'approuve pas ; il entend que tous les champions de la Réforme, ceux qui portent l'épée comme ceux qui n'ont que la parole, soient gens sérieux, pieux, pleinement dignes de la cause. Plusieurs fois, en particulier, nous le voyons blâmer les protestants de s'être emparés d'églises catholiques. Il veut qu'elles tombent en kur pouvoir par la force des choses, par les conversions en masse, ce qui avait eu lieu dans quelques villes ou villages ; les protestants, jusque-là, doivent se rassembler n'importe où, dans des maisons, dans des granges, en plein air s'il le faut, et cette modération leur vaudra bien plus d'adhérents que l'usurpation des