‹ CalvinChapitre 19 sur 212 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

en France. » Il croyait encore, Le Fèvre, il youlait croire à la possibilité d'une régénération de l'Église par l'Église, d'une reconstruction sans* démolition pi éalable ; lui qui , dans ses leçons sur la foi, données en pleine Sorbonne mais peu remarquées d'abord, avait saisi dix ans avant Luther le vice intime du romanisme et le secret de la régénération cherchée, — il en était encore, quinze ans après Luther, à ce respect et à ces illusions qui avaient d'abord retenu le bras du moine allemand. Calvin lui démontra qu'on n'obtiendrait rien par cette voie, et, dit-on, ce que le spectacle de tant d'événements n'avait pu faire, Calvin le fit : le vieillard se laissa convaincre que nul accommodement n'était possible entre l'Évangile et Rome, et que la hache devait être mise au pied de l'arbre.

Calvin fut moins heureux auprès de Gérard Roussel, aumônier de la reine. Roussel est un de ces hommes qu'on ne sait trop comment juger, ardents d'abord, prudents ensuite, mais d'une prudence telle qu'il n'est pas facile de dire si c'est prudence ou lâcheté, charité ou faiblesse, concession chrétienne ou calcul. Roussel disait la messe, et Marguerite l'entendait. Singulière messe, il est vrai, avec du pain au lieu d'hostie, du vin pour tous les communiants ; point, d'ail-

leurs, ni d'élévation, ni d'adoration de l'hostie, ce qui équivalait à l'abandon de la présence réelle ; aucune mention, enfin, de la Vierge et des saints. Cette messe était comme le symbole du christianisme de Roussel, évangélique au fond, ropaaîn de forme, et, par cela seul, impuissant, stérile. Rien, pourtant, ne nous autorise à penser que Roussel ne fût pas sincère ; mais Calvin tenta vainement de lui donner une vue plus nette des choses. Quand on le vit, peu après, devenir évoque, on put croire qu'en recommandant si fort de « nettoyer la maison de Dieu plutôt que de la détruire, » il avait songé avant tout à se conserver,' dans cette maison, une bonne place. Calvin la lui fit payer, cette place, en lui adressant son écrit « contre les JSicodémites^ » ceux qui vont de nuit au Seigneur, et, de jour, restent pharisiens. — Nous aurons à parler de cet écrit.

Au reste, vers 1830 ou 1832, ce n'étaient pas les Nicodémites seulement, intéressés ou faibles, qui agissaient comme Roussel. Nous avons dit les scrupules et les illusions de Le Fèvre ; nous pourrions

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