‹ CalvinChapitre 20 sur 212 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

citer d'autres hommes chez qui c'était plutôt absence de données claires sur une situ^ion sans précédents. Beaucoup, évidemment, ne savaient guère où passait la ligne précise entre le catholicisme et l'hérésie ; le catholicisme était loin de se dessiner encore, même pour ses docteurs, avec cette netteté que le concile de Trente allait donner à toutes ses parties. Beaucoup donc, au début, s'étaient laissé entraîner fort avant sans se douter qu'ils eussent passé la borne ; beaucoup, même à l'époque où nous voici parvenus, la dépassaient encore sans se croire ■ hérétiques, sans aborder même la pensée de le devenir une fois. Puis, ce qu'on leur montrait enseigné par l'Évangile, l'idée ne leur venait pas que ce pût être l'opposé de ce qu'enseignait l'Église ; tout au plus pensaient-ils que l'Église l'avait laissé dans l'ombre, prête aie remettre en lumière quand on le lui demanderait. Si quelques-uns, enfin, allaient j usqu'à s'avouer qu'elle enseignait positivement des erreurs, le dogme de l'infaillibilité était encore assez vague pour ne pas exclure absolument l'idée de quelques rectifications, acceptées, votées par l'Église elle-même, sur la demande de quelques docteurs pieux. Bon nombre de prêtres, et des meilleurs, en étaient là. Plus ils aimaient et vénéraient l'Église, moins ils croyaient s'éloigner de son véritable esprit en accueillant ce que les

idées nouvelles leur paraissaient avoir de bon.

Ainsi s'exptque un fait curieux, — l'accueil que le clergé d'Angoulême fit à Calvin, chassé de Paris. Cet homme qu'on savait décrété de prise de corps pour les hardiesses semées dans la harangue du recteur, on le chargea trois fois de celle qui se prononçait, dans l'église de Saint-Pierre, aux réunions synodales. Raemond, qui rapporte le fait, ne nous dit pas ce que furent ces discours ; nous ne savons pas non plus ce que contenaient ces formulaires de sermons et de « remontrances chrétiennes » que Du Tillet lui demanda pour les curés du voisinage ; mais nous voyons, par d'autres détails, qu'il était moins que jamais en train de dissimuler. Des conversions nombreuses, franchement évangéliques, montraient assez qu'il était le même qu'à Paris.

Il demeurait, avons-nous dit, chez Du Tillet, chanoine delà cathédrale ; c'était dans le village de Claix, dont Du Tillet était le curé. Cet ecclésiastique avait beaucoup voyagé ; trois ou quatre mille volumes, total énorme à cette époque, composaient sa bibliothèque. Personne plus que Calvin n'était en état d'apprécier une telle richesse ; il en jouissait avec un bonheur dont son ami était heureux et fier. Calvin paya son hospitalité en lui enseignant le grec, autre manière de lui enseigner l'É-

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