LIVRE QUATRIÈME
Dieu, lui écrit-il encore, de la vertu singulière qu il vous a donnée de servir à sa gloire et avancement du règne de son fils... Quand tout le monde seroit aveugle et ingrat, et qu'il sembleroit que toute votre peine seroit comme perdue, contentez-vous j Monseigneur, que Dieu et les anges vous approuvent. » Dans une lettre àBullinger : « L'amiral, disait-il, est le seul homme sur qui nous puissions compter ; » le seul, voulait-il dire, parmi les grands personnages, car c'est dans cette même lettre que nous l'avons vu se féliciter des progrès de la Réforme, et du bouillant courage de ceux qui partaient pour la prêcher.
Peut-être aussi ce mot « le seul » n'était-il que l'expression du chagrin que lui causaient en ce moment quelques-uns. Le roi de Navarre, entre autres, faisait plus de mal qu'un ennemi, et Calvin lui écrit, le même mois (mai 1S61), une lettre sévère où il lui montre dans ses vices la source de ses lâchetés. Le frère même de Coligny, François d'Andelot, avait un moment faibli. Enfermé, pendant plusieurs tnois, au château de Melun, il avait fini par consentir à entendre la messe; puis, effrayé de sa faute, il avait écrit à Calvin pour la lui avouer, et, si possible, se justifier quelque peu. Calvin répond. Il abat, d'un revers de main, tout, l'échafaudage des excuses.
Quand les hommes s'en contenteraient, « tout cela, lui dit-il, ne vous peut guère alléger devant Dieu. » N'a-t-il pas scandalisé les fidèles? N'a-t-il pas démoli ce qu'il avait élevé? N'a-t-il pas fourni aux ennemis de la vérité de quoi « faire leurs triomphes , » s'imaginant avoir vaincu en lui et la Réforme, et rÉvangile, et Jésus-Christ ? a Ça donc été une chute bien mauvaise, de laquelle il vous doit souvenir en amertume de cœur. » L'amertume était déjà grande ; elle le fut encore davantage, et d'Andelot n'eut pas de repos qu'il n'eût racheté sa faute par un dévouement désormais sans bornes. Aussi, en 1869, à sa mort : «Je n'ai point connu d'homme, écrivait son illustre frère, plus amateur de piété envers Dieu, et je supplie humblement le Seigneur que je puisse partir de cette vie aussi pieusement que je l'ai vu mourir. »
Dieu allait accorder à Coligny plus encore. Il ne mourut pas moins pieusement que son frère, et il mourut martyr.
Quoique les années suivantes n'aient pas vu Calvin moins mêlé à toutes les affaires du protes-