‹ CalvinChapitre 195 sur 212 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

oi s entendît avec la reine d'Angleterre, les princes d'Allemagne et les Suisses, pour protester contre le concile de Trente, suspendu depuis longtemps, considéré par beaucoup de catholiques comme nul et non avenu, et qu'on parlait de rouvrir. Le plan de Calvin échoua; mais un autre grand résultat avait suiyi le colloque : l'impulsion nouvelle donnée aux progrès de la Réforme. Les prélats de Poissy avaient eu beau la traiter en accusée, et ne siéger , à ce qu'ils disaient, que comme juges ; le pays avait vu la chose tout autrement, et le leur prouva bientôt. Un pasteur de l'Agénois écrivait à Farel que plus de trois cents paroisses de la contrée venaient de « mettre bas la messe. » Quatre mille, six mille ministres, ajoutait-il, pourraient trouver de l'emploi dans le royaume. Ces chiffres, qui semblent jetés au hasard, ne paraîtront pas exagérés si l'on songe que l'amiral, invité par la reine-mère à lui donner la liste des Églises déjà organisées, en trouva deux mille cent-cinquante.

Le clergé concluait qu'on avait été trop doux, et sollicitait des mesures de plus en plus terribles; le gouvernement, inspiré par le chancelier de l'Hospital, et arrêté, d'ailleurs, par l'impossibilité matérielle de proscrire partout le nouveau culte, commençait à accepter le principe de la coexistence des

474 cALvii».

deux religions dans le royaume. De là, en janvier 1862, YÉdit de Janvier, Cet acte reconnaissait aux protestants le droit de s'assembler, pourvu que ce fût hors des villes; clause étrange, puisque la majorité, dans plusieurs villes, était ^ eux. Bèze leur conseilla cependant d'observer l'édit, acheminement évident à une plus grande liberté. Nous avons vu que c'était le système de Calvin : ne rien forcer, tout attendre de la force des choses, — bien entendu sans se l*elàcher en rien, sans s'épargner aucun travail ni aucun sacrifice.

Mais, vers le même temps, le roi de Navarre achevait sa triste évolution. Miné par les débauches dont on semait à dessein les occasions sous ses pas, séduit par la promesse de recouvrer son royaumç de Navarre ou d'en recevoir l'équivalent, il finit par redevenir catholique. Bèze, qui était encore en France, échoua dans tous ses efforts pour le retenir ; une longue et pressante lettre de Calvin n'eut pas plus de succès. Mais la reine tenait bon. tt La compassion que j'ai de vos angoisses, lui écrivait Calvin, me fait sentir combien elles vous sont dures et amères. Mais, quoi qu'il ep soit, si vous vaut-il beaucoup mieux d'être triste pour telle cause que de vous anonchallir à votre perdition. » Maltraitée par son mari, elle s'en alla dans ses États du Béarn, laissant son fils, mais le sup-

LtvnE OUATUIÉMÊ. 475

pliant avec larmes de garder la foi de sa mère . Ce fils, hélas! c'était celui qui devait dire un jour : c( Paris vaut bien une messe. »

Cependant le massacre de Vassy avait donné la mesure de la bonne foi que les chefs du parti catholique apporteraient à l'exécution de Tédit, promulgué depuis moins de deux mois. Ce fut le signal de la guerre. « Il est à noter pour jamais, dit Agrippa d'Aubigué dans son Histoire Universelle j que, tant qu'on a fait mourir les Réformés sous la forme de la justice, quelque inique et cruelle qu'elle fût, ils ont tendu les gorges et n'ont point eu de mains. Mais quand le magistrat, lassé des feux, a jeté le couteau aux mains des peuples, qui a pu défendre aux misérables d'opposer les bras aux bras, le fer au fer, et de prendre d'une fureur sans justice la contagion d'une juste fureur? y) Le soulèvement, d'ailleurs, fut autorisé, ou à peu^ près, par la reine-mère ; lasse du joug des Guises, qui la tenaient, ainsi que le jeune roi, presque prisonnière, elle écrivit au prince de Condé une lettre où elle semblait se placer, elle, le roi et

476 CaLvi».

le royaume, sous la protection des protestants. Ils purent donc se jeter sans scrupule dans la voie où les poussait la nécessité de se défendre , et Calvin, sans se contredire, put approuver la guerre, se réservant, comme nous l'avons aussi vu, de condamner tout excès. Quand le prince dé Condé, menacé dans Orléans, sollicita le secours des protestants d'Allemagne et de Suisse, Calvin appuya vivement cette demande; il appuya non moins vivement une même demande des protestants de Lyon, maîtres de la ville, mais menacés par l'armée catholique. Berne, Neuchâtel et le Vallais, accordèrent quelques troupes; d'Andelot, vers le même temps, amenait d'Allemagne un corps d'environ six mille hommes, et nous voyons Calvin écrire aux Églises du midi pour les presser de trouver l'argent nécessaire à la solde de cette petite armée. On a reproché aux protestants ces secours cherchés à l'étranger; on a montré Calvin, français, livrant sa patrie aux Allemands et aux Suisses. Les Guises n'avaient-ils pas commencé par s'allier avec la Savoie et l'Espagne, conviant deux princes étrangers à l'extermination des protestants, qui, à ce moment, ne parlaient que de vivre en paix sous rÉdit de Janvier? Les protestants, du reste, n'avaient jamais parlé d'autre chose ; il falluttout l'entrainement de la guerre pour les pousser quel-

Page 1