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LIVRE QUATRIÈME

quefois au delà de ce que légitimait la défense, et jamais les excès ne furent ni approuvés, ni, encore moins, commandés, par leurs chefs religieux.

Tandis que Calvin s'indigne pour quelques vols commis à Lyon, le parlement de Paris, docile aux inspirations du clergé , sanctionne par un arrêt solennel tous les meurtres commis ou à commettre, n est enjoint à tout Français de a courir sus » aux hérétiques, de les tuer « comme gens enragés, ennemis de Dieu et des hommes, » partout où on les rencontrera. Le duc de Guise va assiéger Rouen, et, là, autre contraste entre les enfants des deux Églises. Dans Tarmée catholique, licence et débauches de tout genre ; dans la ville, ordre et gravité, prières, chant des psaumes, courage calme et digne. La ville prise, on la livra huit jours aux fureurs de la soldatesque; puis vinrent les meurtres juridiques. Au nombre des victimes fut le ministre Marlorat, un des compagnons de Bèze à Poissy. Le roi de Navarre s'était laissé mettre à la tête de l'armée catholique. Blessé à mort pendant le siège, il avait paru revenir, dans ses dernières heures, à la foi qu'il avait trahie.

Le 19 novembre, bataille de Dreux. Les protestants étaient neuf mille ; les catholiques, près du double. C'était, de part et d'autre, bien peu ; mais

il y avait guerre d'un bout de la France à l'autre, et chacun devait songer, avant tout, à sa ville, à son village , à sa maison. Les protestants eurent d'abord l'avantage ; le duc de Guise obtint ensuite, grâce à quelques troupes de réserve, non pas une victoire, car l'armée ennemie se retira en bon ordre, mais un résultat de la plus haute importance ; les protestants ne purent marcher sur Paris, qu'ils auraient occupé sans peine. Or, Paris occupé, ce pouvait être le signal du triomphe définitif de la Réforme en France ; on y était tout préparé, témoin ce mot de la reine-mère sur le bruit qui courut que les protestants étaient vainqueurs : c< Eh bien, nous prierons Dieu en français. »

On a calculé qu'il aurait suffi de mille hommes, peut-être de sept ou huit cents, pour changer de nouveau la face de la bataille, et, avec la face de la bataille, celle de la France pour des siècles, car il n'y a rien de moins soutenable, devant l'histoire de ces temps, que ce qu'on a écrit de nos jours sur certains obstacles intimes , invincibles , qu'eût rencontrés le protestantisme vainqueur. On allègue l'esprit français, Fablme qui le séparait et le sépare, nous dit-on, du sombre génie de Calvin. Mais ils étaient Français, ces calvinistes qu8 la France commençait à compter par millions ; ils l'étaient , ceux qui allaient tenir ferme , dans son

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