‹ CalvinChapitre 197 sur 212 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

sein, à travers deux siècles d'oppression; ils l'étaient, ceux qui allaient fuir, aimant mieux tout quitter que de renier la foi de Genève ; ils l'étaient, ces milliers de pasteurs qui allaient garder invinciblement, et dans leur patrie, et dans l'exil, les traditions de l'austérité calviniste. Il ne s'agit d'ailleurs pas de ce qu'étaient ou de ce que sont les Français, mais de ce que la Réforme faisait d'eux ; et quand nous la voyons créer si rapidement de si remarquables caractères, transformer, au nord, au midi, dans toutes les parties du royaume, des populations considérables, comment prétendre que le reste ait dû nécessairement lui échapper? Une seule explication est possible : Dieu n'a pas voulu, à ce moment, le triomphe de la Réforme en France. Pourquoi ne l'a-t-il pas voulu? — Pas de ces questions. Ses voies ne sont pas nos voies; sachons nous soumettre et nous taire.

C'est ce que Calvin eut bien des fois à prêcher, après la bataille de Dreux, à tous ces cœurs moins abattus par la défaite même qu'étonnés douloureusement de voir Dieu délaisser sa cause. Ils disaient, eux aussi : Pourquoi? <c Je m'en tiens, pour toute répû.iise, au dire d'Abraham : Dieu y pourvoira, » Ainsi écrit Calvin au gouverneur de Lyon, M. de Soubise, son ancien disciple de Ferrare, qui tou-

jours signait, dans ses lettres : Votre obéissant fils et ami. Mais Calvin prévoit, cette fois, que l'obéissance sera dure , et il va insister d'autant pour qu'elle soit pleine, entière, non envers lui, dont il ne parlera pas, mais envers Dieu. Quand Dieu « ôte le glaive à ceux qu'il en avoit ceints, » ils n'ont qu'une chose à faire : attendre que Dieu le leurrend€. La soumission sera «difficile à digérer.» N'importe ! « Dieu nous a donné un coup de massue ; demeurons abattus jusqu'à ce qu'il nous relève. Puisque Dieu nous veut affliger, tenons-nous cois. » Et sûrement ni M. de Soubise ni personne n'imagina que cela voulût dire : « Cachons-nous. » Se tenir coi^ pour Calvin et les siens, ce ne pouvait être que s'humilier devant Dieu, tenir ferme devant les hommes, espérer et prier. — Le conseil est tout aussi bon aujourd'hui qu'en 1563.

L'Édit d'Amboise, publié le 19 mars, était moins favorable que l'Édit de Janvier; il admettait cependant encore le principe de la coexistence des deux cultes. Violé par les catholiques partout où ils avaient la force en main, violé par les protestants partout où ils étaient assez nombreux pour se dérober aux gênes dont on enlaçait leur culte, l'Édit d'Amboise amena pourtant, sinon la paix, du moins une trêve. Mais c'était une de ces trêves où personne ne cherche même à cacher que son but,

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