LIVRE PREMIER
vangile. Selon Rsemond, c'est dans la bibliothèque du chanoine que Calvin « ourdit premièrement, pour surprendre la chrestienté, la toile de son Institution Chrestienne, qu'on peut appeler TAlcoran ou plutôt leTalmud de l'hérésie. » Ce fait n'est pas prouvé. Non que le réformateur n'ait pu dès lors, et même auparavant, concevoir la première idée de son livre ; mais il ne paraît pas qu'il y ait travaillé à cette époque. Raemond ajoute qu' « il étoit en bonne estime et réputation, aimé de tous ceux qui aimoient les lettres. » Le littérateur et le savant avaient décidément de la peine à s'effacer pour ne plus laisser paraître que le prédicateur, le réformateur. La bibliothèque du chanoine le vit probablement plus d'une fois soupirer après le repos qu'elle eût pu lui donner ; plus d'une fois il fut tenté de ne plus prêter l'oreiUe aux appels du dehors, et surtout de ne plus entendre celui qui retentissait dans sa conscience.
Un nouveau voyage à Noyon est à placer dans cette période. Les actes recueillis par Le Vasseur nous montrent Calvin signant, le 4 mai 1534, sa renonciation définitive à ses deux bénéfices, dont il résignait l'un en faveur d'Antoine de la Marlière, l'autre en faveur d'un de ses parents. Est«il besoin de faire observer à quel point ce retour public dans sa ville, et surtout cette libre et publique résigna-
tion des deux charges, enregistrée par Le Vasseur, achèverait d'ôter toute probabilité, toute vraisemblance, aux motifs honteux qu'on a osé assigner à son premier départ ?
Peu après, nous le retrouvons à Paris. La reine Marguerite avait obtenu du roi, son frère, qu'on laissât tomber l'affaire de la harangue ; elle avait aussi obtenu qu'on laissât un peu plus tranquilles les luthériens obscurs, les pauvres gens abusés de Pasquier. Mais la surveillance était active ; la persécution n'attendait, comme on le vit bientôt, qu'une occasion, et Jean Morin brûlait d'avoir sa revanche.
C'est à Paris, dans ce même voyage, que Calvin rencontra pour la première fois un homme qu'il devait malheureusement rencontrer, pour la seconde, à Genève, — Michel Servet, l'Espagnol, le théologien aventureux qui semblait en quête d'un bûcher. Son livre sur la Trinité, qui venait de paraître à Haguenau, aurait pu n'être pris que pour une spéculation philosophique, peu orthodoxe, assurément, mais noyée dans les brouillards de l'école; l'Église, depuis longtemps, était généralement fort indulgente pour les opinions qui n'entamaient pas sa puissance. Mais l'auteur tenait à ce qu'on ne se méprît pas sur la portée de son livre. Il se rend à Bâle, et soutient sa thèse contre ^Ecolampade ; il se rend à Paris, et, là, c'est contre Cal-