LIVRE QUATRIÈME
est de 1558, ainsi que la troisième, recueil de discours sur divers sujets. En 1562, cinq séries, dont une de soixante-cinq discours sur les trois premiers Évangiles. En 1863, enfin, une série sur les deux Épitres à Timothée, et une sur le livre de Job. Ces derniers discours ont eu, surtout au XVI* siècle , une grande réputation ; Coligny se les faisait lire et relire. Ces austères études §ur le malheur , la résignation , la Providence , devaient plaire à des hommes vivant parmi tant de troubles. Job leur était, mieux encore que David, comme la personnification de ces « tristesses, craintes, doutes, perplexités, » dont le cœur humain est assailli. Job leur représentait aussi l'Église, livrée, pour un temps, aux coups du grand ennemi des âmes, mais prédestinée à triompher, et à rajeunir, comme l'aigle, sous le regard vivifiant de son Dieu.
Ce sentiment n'était guère moins nécessaire aux Genevois qu'aux protestants de France, car nous avons vu quels dangers, sans cesse renaissants, les entouraient. Calvin sut le leur inspirer, et, pour cela, il faisait mieux encore que de le prêcher élo-
quemment : sa vie en était Texpression la plus complète et la plus haute. Confiance , confiance encore, confiance toujours, et, quand le danger redouble, redoublement de confiance. Cette tente fragile qui pouvait, à toute heure, être balayée, l'impassible ouvrier de Dieu y poursuivait sa tâche comme dans une tour inexpugnable ; cette cité, cette Église qui pouvait n'avoir pas huit jours à vivre, tout s'y développa, sous lui, comme dans une sécurité profonde. Une lettre d'un réfugié italien, Vergerio, nous transporte dans cette grave atmosphère où les bruits du dehors pouvaient bien, parfois, retentir douloureusement, mais n'arrêtaient personne dans son œuvre.
Celle de Calvin embrassait tout. L'ancien disciple d'Alciat était le jurisconsulte de Genève non moins que son théologien ; les archives publiques renferment une foule de dossiers annotés de sa main. Dans les affaires civiles, sa sagacité, sa connaissance des lois, sont admirables; dans les afTaires criminelles, sa sévérité, comme on devait s'y attendre, est grande, mais grande surtout envers ceux qui ont pu connaître le bien et ont volontairement choisi le mal. Il veut que le juge humain, comme le juge suprême, redemande beaucoup à qui il a été beaucoup donné. Souvent aussi le ju-* risconsulte eut à aboutir au diplomate. Calvin,
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que nous avons déjà vu intervenant dans Fépineuse affaire des prétentions bernoises et des Libertins exilés, était Tâme et quelquefois même l'agent de toutes les négociations auxquelles Genève avait à prepdre part. Il y portait sa pénétration ordinaire, sa netteté d'exposition, sa franchise aussi et sa droiture, car jamais il n'avait abordé l'idée qu'il puisse y avoir deux morales, une pour l'homme privé, une pour l'homme politique.
Mais les grandes affaires n'étaient pas les seules,, à beaucoup près, sur lesquelles le réformateur fût consulté ; des détails curieux, bizarres, nous ont été conservés sur les services qui étaient parfois réclamés de lui. Que Robert Estienne, l'imprimeur, l'ait consulté sur l'imprimerie, et ait même dû à ses avis une partie de sa réputation, cela se comprend ; mais, tout métier un peu nouveau et un peu délicat qui demandait à s'établir à Genève, le Conseil envoyait les gens parlçr « à M. Calvin, » lui montrer leurs produits, travailler même sous ses yeux, et on se décidait, sur son avis, à accorder ou à refuser l'autorisation. Un jour, ce sera un chirurgien, et le Conseil veut que Calvin assiste à l'examen qu'on va lui faire subir. Un autre jour, ce sera un dentiste, art nouveau, car on ne connaît encore que l'arracheur de dents, et celui-ci s'annonce comme les soignant, les réparant. Ren-
Toyé à M. Calyin. Calyin le reçut, se livra luimême à ses mains habiles, et le recommanda aux magistrats. C'était lui qui, dès 1544, avait doté Genève d'une industrie dont les profits furent d'un grand secours dans les temps difficiles. ; les draps et velours genevois eurent grand débit en France jusqu'au règne de Henri lY. On a beaucoup loué Sully pour avoir établi les manufactures françaises; Calvin n'avait pas fait moins à Genève.
Genève lui dut aussi des règlements que nous appellerions de simple police, mais dont il avait compris et fait comprendre la liaison avec l'ordre moral. La propreté était inconnue dans les villes ; tout au plus prenait-on, en temps de peste, quelques mesures qu'on abandonnait après. Calvin demanda des règlements permanents, et la ville prit un aspect qui étoùnait les voyageurs. Les marchés furent surveillés avec soin ; rien de gâté ou de mauvais n'y parut sans être aussitôt confisqué. Un jour, comme on parlait devant lui d'accidents survenus à des enfants, il se mit à songer aux moyens de les prévenir, et un règlement fut fait en conséquence.
A plus forte raison ne se fit-il aucune loi civile qu'il ne l'eût demandée ou approuvée. Dès 1542, peu après son retour, nous le voyons chargé de la rédaction des Ordonnances qui devaient fixer l'état