LIVRE QUATRIÈME
Paris, de ce premier synode national que nous ayons yu présidé par le génie de Calvin, une fête se célébrait à Genève, fête austère et pourtant joyeuse, mais joyeuse de cette joie qui suit l'accomplissement des grandes œuvrer. — Laissons parler un témoin oculaire, le secrétaire d'État, Michel Roset.
« Le lundi cinquième jour de jiiin M.D.LIX, suivant l'arrêt fait en Conseil, mes très-honorés Seigneurs Syndiques, ayec plusieurs des Seigneurs conseillers et moi secrétaire, se sont transportés au temple de Saint-Pierre, où étoient assemblés les ministres de la Parole de Dieu, savans docteurs, écoliers et gens de lettres en grand nombre. Et étant faite la prière à Dieu selon l'exhortation et remontrances chrestiennes de spectable Jehan Calyin, ministre de la Parole de Dieu : par le commandement de mes susdits Seigneurs, les lois, ordre et statuts du Collège, avec la forme de la confession qu'auront à faire les écoliers qui voudront être reçus en cette Université et Collège, ensemble la forme du serment qui se doit prêter par le recteur, maîtres et lecteurs en icelui, ont été publiées à haute voix... Puis a été déclarée et publiée l'élection du recteur, faite selon lesdites lois par les ministres, et confirmée par mes très-honorés Seigneurs Syndiques et Conseil, de spectable
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Th. de Bèze, ministre de la Parole de Dieu et bourgeois de cette cité. Lequel, après cette déclaration, a fait une oraison exhortatoire en langue latine, pour heureux commencement de l'exercice de son office. Icelui ayant fini son dire, le susdit spectable Calvin a rendu grâces à Dieu auteur de ce bien, et exhorté chacun de son devoir à user d'un tel bénéfice. Et finalement, ayant remercié mes dits treshonôrés Seigneurs de leur bonne volonté , cette heureuse journée a été finie par actions de grâces et prière de tous à notre Dieu et Père, à l'honneur et gloire duquel soient rapportées toutes choses.»
Cette cérémonie avait son importance politique. L'empereur Charles IV, deux siècles auparavant, avait offert à Genève une université, mais sous la condition que le comte de Savoie en fût le protecteur. Genève comprit ce qu'elle aurait à redouter de ce nouveau pouvoir donné au prince dont elle secouait le joug, et, malgré tous les avantages que lui promettait un semblable établissement, elle refusa. Ce qu'elle avait refusé venant d'un prince, elle l'établissait maintenant de sa propre autorité, et l'institution devenait comme un monument définitif de son indépendance.
Mais, cela, c'était Genève en face du passé; Calvin songeait probablement davantage au présent et à l'avenir. Le présent, c'était Genève telle que