‹ CalvinChapitre 203 sur 212 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

la Réforme Tavait faite; l'avenir, c'était Genève poursuivant et consolidant l'œuvre.

Grande serait pourtant l'erreur de qui se figurerait Calvin organisant, à grands frais d'argent et d'hommes, une université proprement dite. N'oublions pas que Genève était une république de quinze ou yingt mille âmes, longtemps ruinée par la guerre, condamnée, depuis lors, dans une paix toujours douteuse, à de perpétuelles dépenses militaires, et sans cesse appelée, en outre, à nourrir des troupes d'exilés. Calvin n'avait demandé auxmagistrats que ce qu'il pouyait raisonnablement leur demander : cinq professeurs, lui compris, allaient composer l'Académie. Deux enseigneraient la théologie, un l'hébreu, un le grec, un la philosophie, ou, comme on disait vulgairement, les arts. Quant à l'enseignement de la Médecine et du Droit, Calvin annonça, dans son discours du 5 juin, qu'il y serait pourvu plus tard. Cette promesse se réalisa, pour le Droit, en 1565, un an après sa mort.

Mais l'Académie, dans sa pensée, ne devait être que le couronnement d'un édifice dont toutes les parties étaient aussi, ou peu s'en faut, à créer, fallait que de bonnes et solides études préparatoires formassent des générations capables de profiter du haut enseignement qui allait leur être offert. Nous ayons vu Farel, dès 1536, faire établir

494 CALVtN.

un collège ; mais ce collège, avec son unique régent secondé de deux aides, n'avait jamais prospéré. Il fallait une institution sans lacunes, une série de classes bien distinctes, chacune sous un régent, Calvin en demanda sept. Mais il fallait, en outre, un édifice approprié aux besoins de l'institution, et, ici, la question d'argent revenait dans toute sa crudité. Dès 18S2, le Conseil avait acheté un terrain ; mais ce terrain, six ans après, était encore intact. Alors Calvin se met plus directement à l'œuvre. Il provoque, comme nous dirions aujourd'hui, une souscription nationale, et bientôt il a entre les mains environ dix mille florins, somme considérable pour le temps. Le Conseil, alors, estime qu'on peut se naettre à l'ouvrage. Le terrain est nivelé, les fondations se creusent, les murs s'élèvent. Plus d'une fois on vit Calvin, cruellement souffrant, cette année, de la fièvre quarte, se traîner parmi les travaux, encourager les travailleurs, et contempler avec joie les rapides progrès de l'édifice. Au 5 juin 1559, le collège était prêt à recevoir élèves et maîtres.

LiVftE QUATRIÈME. 495

Là se sont succédé, depuis trois siècles, les enfants de la cité de Calvin. L'édifice, sauf quelques modifications de détail, est resté le même. Après leur yénérable cathédrale, aucun n'est plus cher aux Genevois, et peu de jours se passent que quelque étranger n'aille évoquer là des souvenirs également sacrés à tous les enfants de la Réforme. Si vous montez au-dessus des classes, vous voilà dans les salles de la bibliothèque, pleines de souvenirs plus vivants encore et plus intimes. Là vous seront montrés des livres de la bibliothèque de Calvin, muets témoins de ses veilles, de ses maladies, de sa mort; là vous feuilletterez ses manuscrits, déchiffrant, non sans peine, quelques lignes de cette écriture fiévreuse, rapide comme la pensée; là, pour peu que votre imagination se prête aux évocations palpitantes de la solitude et du silence, c'est lui, lui-même, que vous verrez marcher le long de ces vieilles parois, pâle, mais l'œil brillant/ faible et chétif, mais fort de cette énergie intérieure dont la source était dans sa foi. Là aussi vous apparaîtront, autour de lui, tous ces hommes

496 GàLYIN.

dout il allait être le père, théologiens, juristes, philosophes, savants, hommes d'État, hommes de guerre, tous remplis de cette puissante vie qu'il allait léguer à la Réforme après l'avoir reçue d'elle. Et si vous demandez le secret de cette puissance, une des pierres du Collège vous le dira en quelques mots hébreux que le réfonnateuï y fit graver. Venez ici, dans la cour. Entrez sous ce vieux portique qui soutient le grand escalier, et vous lirez : La crainte de V Étemel est le commencement de la sagesse. Et ce n'est pas sur le mur ni sur un des piliers que ces paroles sont gravées. Remarquez bien : c'est sur la clef de voûte. Quel emblème ! Quelle leçon !

Ce secret, du reste, est aussi écrit à toutes les pages du règlement constitutif promulgué à Saint- Pierre, dans la cérémonie du 5 juin. Il est facile de faire un règlement où la piété joue un rôle ; il est moins facile de la placer et de la maintenir au centre^ tellement que tout vienne d'elle, retourne à elle, et que rien ne puisse être fait, même en dehors du cercle primitif, qu'elle n'en soit encore le centre. C'est le problème que Calvin avait à résoudre, et la suite montra qu'il s'y était admirablement pris.

Mais, après tout, quelque beaux que les règlements pussent être, il s'agissait d'un collège pour

Page 1