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LIVRE QUATRIÈME

une petite ville, et d'une petite académie avec cinq professeurs. Pourquoi Tinauguration allait-elle être une date dans l'histoire, quand l'histoire a perdu ou mentionne à peine d'autres dates qui pouvaient se croire appelées à un bien plus long retentissement ?

Deux causes peuvent être indiquées : les circonstances, l'homme. Mais ces deux causes sont liées. Si l'on peut dire que l'inauguration de Genève savante et enseignante n'eût été, sans les circonstances, qu'un fait de peu de portée, il faut reconnaître aussi que ces mêmes circonstances ont dû en grande partie à l'homme, à Calvin, leur longue et puissante fécondité. Calvin avait été à lui seul, pendant dix-sept ans, toute l'Académie de Genève. Ce fait, au lieu de la condamner à mourir avec lui, l'avait préparée, au contraire, à vivre indéfiniment de sa vie ; Calvin n'était pas son fondateur, mais son père. Rappelons-nous, d'ailleurs, que l'Académie de Genève ne fut point une œuvre détachée, une création à part. La vraie création de Calvin, c'était Genève tout entière, et l'Académie ne fut qu'une des parties de ce tout si fortement, si profondément lié. Genève enseignante n'était pas autre que Genève religieuse, Genève religieuse pas autre que Genève morale et politique, et, tout cela, c'était Calvin. Elle allait donc être gardée, non-

seulement, au dedans, par sa forte unité, mais, au dehors, par la persistance des peuples à chercher en elle celui dont la physionomie était gravée dans leur mémoire, et dont la pensée, dans leur esprit, se confondait avec celle de Genève. Le monde protestant et le monde catholique allaient lui imposer également, l'un par son amour, l'autre par sa haine, l'obligation de rester la ville de Calvin, l'impossibilité d'être autre chose si elle ne voulait n'être plus rien.

Et ce serait encore ici un des éléments du parallèle qui se dessine, à chaque pas, entre le réformateur français et le réformateur allemand. Après avoir franchement reconnu, sur plus d'un point, la supériorité de ce dernier, pourquoi hésiterionsnous à dire que Calvin nous paraît, ici, décidément supérieur ? Il a laissé — nous ne parlons plus de Genève, mais de tout le monde calviniste, sur les deux rives de l'Océan, — une plus profonde empreinte. Luther est entouré d'une poétique auréole ; il a vécu et il vit dans des millions de cœurs, conquis par sa personnalité aimable, originale. Mais, enfin, Luther n'a pas eu à se créer un peuple; il n'a été que l'expression la plus haute des aspirations, des idées, du génie de l'Allemagne, et il n'eut qu'à se révéler à elle pour qu'elle se trouvât, en quelque sorte, toute à lui, toute en lui. Calvin

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