LIVRE PREMIER
vin qu'il déclare vouloir la soutenir. C'était dire qu'il entendait se placer au delà des plus hardis, et que, si les réformateurs attaquaient seulement l'Église ou certains dogmes de TÉglise, il portait ses attaques, lui, au cœur même et dans les entrailles du système chrétien, Calvin accepta le défi. Un rendez-vous fut pris pour la dispute dans une maison du faubourg Saint- Antoine ; maisServet, on n'a jamais su pourquoi, ne parut pas. N'importe : n'oublions pas, quand le moment viendra, la position que le théologien espagnol venait de faire aux chefs de la Réforme, et à Calvin particulièrement. En le choisissant pour adversaire dans cette question de. la Trinité, sur laquelle aucun dissentiment n'existait entre le catholicisme et la Réforme, il le constituait, en quelque sorte, le gardien de ce dogme, et il l'en rendait responsable devant tout le monde chrétien . C'est cette responsabilité qui alluma, dix-neuf ans après, le bûcher de Servet.
Mais bien d'autres bûchers allaient s'élever en attendant.
Les Réformés, avons-nous dit, avaient été quel-
que temps laissés en paix, mais à la condition de s'effacer, condition qu'on n'accepte guère en des temps de ferveur et d'expansion. La parole leur étant à peu près interdite, ils écrivaient ; c'étaient de petits traités, en forme d'affiches, que Paris trouvait placardés, chaque matin, dans ses rues, aux portes de ses églises, aux portes mêmes de la Sorbonne. Il y en avait de fort doux, simples appels à l'Évangile ; il y en avait aussi de très-violents, bien que nous ne devions pas les juger sur nos habitudes plus polies. Bèze, dans son Histoire Ecclésiastique^ regrette vivement ces imprudences ; maison peut douter fort qu'il ait eu raison d'ajouter : « Il y a grande apparence que peu à peu le roi même eût commencé de goûter quelque chose de la vérité. » Le roi avait eu tout le temps, non pas d'en c< goûter quelque chose, » mais de la goûter tout entière, et, s'il ne l'avait pas goûtée, c'est qu'il y avait en lui ce dont elle a toujours le plus difficilement triomphé, — la légèreté, qui ne s'en soucie pas, et le vice, qui la repousse. Homme d'esprit, brillant représentant des côtés futiles de son siècle, il avait pu trouver un certain plaisir intellectuel, philosophique, à entendre énoncer des nouveautés et démolir des vieilleries ; mais, si ces vieilleries n'avaient plus de racines dans son esprit, elles en avaient dans son cœur, trop gâté pour s'ou-