LIVRE PftRMlEB. H
de ceux qui Tont admise méritaient plus d'égards. CaMn, du reste, avoue lui-même qu'il y a dans cet écrit « aucunes choses un peu aigrement, voire même âprement dites; » mais de grandes qualités s'y font remarquer aussi, richesse, force, originalité, ton sérieux et convaincu. Quant aux motifs de cette publication, on ne les aperçoit guère mieux que ceux du Commentaire sur Sénèque. Pourquoi ce nouvel écrit où les questions du moment n'ont rien à faire? L'auteur ne voudrait-il que donner le change à ses ennemis, en se montrant occupé de tout autre chose que de controverse anti-romaine ? — Ne nous arrêtons pas à discuter.
Calvin et Du Tillet partirent ensuite pour Strasbourg. Deux valets les accompagnaient. Près de Metz, un des deux s'enfuit avec un cheval et le bagage ; ils atteignirent Strasbourg avec dix écus pour tout bien. Mais, Strasbourg, c'était le port. Calvin, pour la première fois, respirait dans une atmosphère amie. Strasbourg appartenait, depuis treize ans, à la Réforme. Emportée d'abord dans le grand mouvement luthérien, mais placée un peu loin du centre et soumise à des influences diverses, elle avait traversé des temps pénibles ; Bucer travaillait avec zèle à lui donner une Église régulière, sagement et pieusement active. Calvin, depuis longtemps en correspondance avec lui, trouva dans
sa maison une hospitalité pleine de charmes. Le futur organisateur de la république de Genève donna probablement à Bucer plus d'un bon conseil, non sans prendre note, à son tour, des expériences de Bucer.
Ce n'était pourtant pas qu'il songeât encore le moins du monde à remplir jamais un tel rôle. Il soupirait après le repos. Il espéra le trouver à Bâle encore mieux qu'à Strasbourg, et il partit pour Bâle. Là venait de mourir ^colampade ; là travaillaient en paix Capito, Simon Grynée ; là vieillissait Érasme. Mais Érasme était l'homme du repos à tout prix; Calvin ne sacrifia jamais au sien aucun principe, aucun devoir.
Or, à Bâle arrivaient, comme partout, les affreuses nouvelles du pays qu'il avait quitté. Il entendait, du côté de la France, comme un bruit continu de gémissements et de cris. Un. autre écho, venu d'Allemagne, acheva de lui apprendre ce que la France évangélique attendait maintenant de lui.
François I" avait besoin des protestants d'Allemagne, armés, comme lui, contre Charles- Quint. Prêt, comme toujours, à mentir pour peu que son intérêt l'exigeât, il essayait de persuader aux princes luthériens que les gens qu'on brûlait en France étaient de purs anabaptistes, ceux mêmes dont l'Allemagne avait été forcée de se débarrasser