LIVRE PREMIER
parle fer et le feu. Ce que lui,^^le roi, punissait en eux, ce n'étaient pas leurs opinions religieuses, mais leurs doctrines sociales, leur révolte contre tout ordre et toute autorité.
Cette caloiftnie, on essayait de la propager aussi en France par « certains petits livres malheureux et pleins de mensonges *, » que le clergé fabriquait, que le roi protégeait.
Une grande cause était donc à plaider devant TEurope, et Calvin se sentit apgelé de Dieu à la plaider.
Deux voies s'offraient, celle d'une simple apologie des protestants de France, et celle d'un exposé de leurs doctrines. La première pouvait plus promptement mener au but ; la seconde pouvait conduire à un but plus important, plus grand, — la justification, non des Réformés seulement, mais de la Réforme, la construction et la consolidation de l'édifice dont on n'avait encore fait que préparer les matériaux.
Calvin se décida pour cette seconde tâche, et c'est
1 Calvin. Préface sur les Psaumei.
à partir de ce moment que le Calvin de Thistoire, le réformateur, se dessine définitivement devant nos yeux.
L'homme de génie, en effet, n'est pas toujours celui qui commence l'œuvre; c'est quelquefois celui qui continue et coordonne. On pourrait même dire que c'est toujours celui-ci; toujours, en effet, en cherchant bien, on trouvera des devanciers à ceux mêmes qui paraîtraient avoir trouvé la voie et y être entrés les tout premiers. Luther, avec sa vigoureuse et puissante initiative, ne fut pourtant que le continuateur de ce travail obscur qui se faisait, depuis longtemps, dans les esprits, dans les consciences. Son génie en saisit l'ensemble; sa gloire est de l'avoir formulé. La gloire de Calvin n'est donc pas aussi différente que l'ont souvent pensé ses amis mêmes; la différence ne réside guère, au fond, que dans la diverse nature des deux mouvements qui se personnifièrent en eux, le mouvement allemand en Luther, et, en Calvin, le mouvement français. Au reste, c'est ce que nous reconnaissons tous, amis ou ennemis de ces deux hommes, en accolant sans cesse les deux noms. Ceux mêmes qui ont tout fait, de nos jours, pour rabaisser le réformateur français, jusqu'à se donner l'air, eux, catholiques, d'aimer le réformateur allemand, n'en continuent et n'en continueront