‹ CalvinChapitre 29 sur 212 · LITRE PREMIER · texte numérisé non relu

LITRE PREMIER

preuve de cette faveur universelle qui accueiUit Y Institution^ et qui deyenait aisément, en dépit de la sécheresse du livre, un véritable enthousiasme. Écoutez, en 1537,1e professeur de Poitiers, Charles de Sainte-Marthe, déplorant que « cette voix de Calvin, Y Institution^ » ne puisse retentir librement dans le royaume. « Heureuse l'Allemagne, ajoutet-il, de posséder le trésor qui nous est refusé ! » Écoutez le magistrat du parlement de Paris, celui que la Saint-Barthélémy verra périr, Pierre de la Place. « Il n'est personne en ce monde, écrit-il à Calvin, à qui je doive plus qu'à toi, et je ne vois pas comment je te paierais, dans cette vie mortelle, cette immortalité que j'ai puisée dans ton livre. »

La première édition ne comptait donc que six chapitres ; la deuxième édition latine, publiée à Strasbourg en 1539, en compta dix-sept. Celle de 1543, retravaillée encore, en a vingt-et-un; celle de 1559, rédaction définitive et dernière, arrive à quatre-vingts. Quant aux éditions intermédiaires, on en a perdu le nombre, et, quoique le latin

fût encore partout reçu comme la langue de la théologie, il y eut, pendant cette même période, des traductions en toutes les langues de l'Europe. Les éditions françaises avaient suivi pas à pas les éditions latines; le texte français définitif est, comme le texte latin, de 1589. Une courte préface, datée du 1" août comme celle de 4535, nous initie à ce persévérant enfantement. Après avoir rappelé combien l'ouvrage était d'abord peu considérable et a été successivement augmenté : « Quoique je n'eusse, poursuit-il, point d'occasion de me déplaire au travail que j'y avois pris , toutefois je confesse que jamais je ne me suis contenté moimême jusqu'à ce que je l'ai eu digéré en l'ordre que vous y verrez maintenant, lequel vous approuverez, comme j'espère. » Menacé, l'hiver précédent, « de partir de ce monde, je me suis d'autant moins épargné jusques à ce que j'eusse parfait le livre, kquel, survivant après ma mort, montrât combien je désirois satisfaire à ceux qui déjà y avoient profité.,. Je l'eusse bien voulu faire plus tôt ; mais ce sera assez tôt si assez bien, et, quant à moi, il me suffira qu'il ait apporté fruit à l'Église de Dieu. »

Une analyse complète de ce livre nous entraînerait beaucoup trop loin ; ce serait tout un livre. Nous ne pouvons cependant nous en tenir aux quel-

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