‹ CalvinChapitre 33 sur 212 · LIVRE PHEMISR · texte numérisé non relu

LIVRE PHEMISR

Tim vers le salut, l'autre vers la condamnation, — voilà les faits qui ont, de tout temps, posé le problème. Comment concilier la prescience d'un Dieu juste avec la responsabilité d'un être que ce Dieu savait devoir pécher et se perdre, et que ce Dieu aurait pu, par conséquent, ou ne pas créer, ou créer en dehors de la possibilité de pécher ? La raison ne peut rien répondre ; l'Écriture, selon que vous presserez plus ou moins telles ou telles de ses déclarations, vous fera pencher plus ou moins vers la souveraineté divine ou vers la liberté humaine, seule source logique de la responsabilité. La plupart des théologiens ont admis une élection de grâce^ qu'il était difficile de ne pas voir clairement enseignée dans plusieurs de ces déclaratipns ; mais, la plupart aussi, ils n'ont pas cru que cette élection de grâce, manifestation libre et spéciale de la bonté divine, emportât élection de mort pour ceux qui n'en auront pas été l'objet. Ils se résignaient donc à ne pas chercher le dernier mot, laissant à Dieu le soin de concilier un jour les choses.

Selon Calvin, cette conciliation n'est ni à chercher, ni à trouver, car elle n'existe pas, n'existera jamais, et c'est porter atteinte à la souveraineté de Dieu que de supposer Dieu s'en occupant. Dieu, dans la plénitude de sa souveraineté, dans «son conseil éternel et immuable,» a destiné les uns

au salut, les autres à la damnation, et, comme il ne leur devait rien ni £^ux uns ni aux autres, les élus ont à le bénir éternellement, les réprouvés n*ont nul droit de se plaindre. Calvin reconnaît, ou à peu près, que la chose n'est pas explicitement dans rÉcriture ; il lui suffit que la logique y conduise. « Ceux que Dieu laisse en élisant, dira-t-il. Dieu les réprouve. » Admettre l'élection de grâce et rejeter l'élection de mort, c'est a puéril, » c'est « une sottise trop lourde. » Il faut que l'idée humaine, la justice humaine, la pitié humaine, disparaissent de ces questions. « L'honneur de Dieu » l'exige.

Calvin n'oublie qu'un point : c'est que la logique est aussi une chose humaine. La logique, c'est la raison, et même la raison s'arrogeant le droit de juger seule, souverainement, sans appel. « L'honneur de Dieu » exige donc aussi que nous sachions quelquefois la faire taire, et que nous ne prétendions pas imposer à Dieu nos conclusions, quelque rigoureuses, quelque claires que notre esprit les trouve. Quand Calvin croit la prédestination démontrée par cela seul qu'il n'y a pas d'autre solution logique, sa méthode, au fond, n'est pas autre que celle de l'incrédule établissant logiquement l'impossibilité d'une révélation surnaturelle, ou du catholique établissant, non moins

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