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LIVRE PREMIER

logiquement, que Dieu a dû, la révélation donnée, instituer une autorité visible chargée de l'interpréter. Tout cela suppose Dieu ne pouvant trouver d'autres solutions que celles qui nous paraissent, à nous, les seules possibles ; toute cette logique, par conséquent, est illogique dès qu'il s'agit de Dieu, de ses desseins, de. sa sagesse, de sa bonté, de sa puissance.

Mais, ces observations franchement faites, il en est d'autres que nous avons maintenant le droit de faire.

On s'est habitué à laisser peser sur CaMn toute la défaveur dont cette doctrine est l'objet. — Erreur et injustice. Le premier qui a positivement enseigné la prédestination, c'est Augustin. Elle peut, chez lui, sembler plus douce; elle y est, pourtant, et pleinement.

On s'est aussi habitué à la condamner, chez Calvin, en l'isolant de tout ce dont il l'entoure, en la représentant comme le premier et le dernier mot de son système. — Erreur encore et injustice encore. Ce qui est vrai, seul vrai, c'est que le réformateur semble, au contraire, avoir épuisé sa logique dans l'exposition de l'idée, tellement qu'il ne lui en reste plus pour passer de là aux conséquences. Aucune trace, ni dans sa théologie, ni dans sa morale, ni dans sa vie, de ce fatalisme pra-

tique qui découlerait, à la rigueur, du terrible dogme enseigné. Jamais homme n'a plus énergiquement prêché la responsabilité, l'activité, le devoir, le progrès chrétien ; jamais homme ne s'est plus sévèrement prêché toutes ces choses à lui-même. Ce que nous disons de lui, nous le dirions de ses disciples. Pour eux, comme pour lui, la doctrine de la prédestination est restée une lettre morte. On veut que le calviniste ait dû nécessairement se dire : « Ou je suis un élu, et, dans ce cas, je serai sauvé quoi que je fasse ; ou je ne suis pas un élu, et, dans ce cas, quoi que je fasse , je suis perdu. » Voilà bien encore la logique ; mais, en fait, où et quand l'erreur de Calvin a-t-elle produit ces fruits-là? Et si elle ne les a jamais produits, n'est-ce pas une preuve qu'elle n'était pas réellement ce qu'elle paraît aujourd'hui? C'est donc à l'histoire à la juger, bien plus qu'à la raison, au sentiment ou à la théologie. Il faut la voir, non en elle-même, mais dans l'ensemble de l'œuvre de Calvin, soit de son vivant, soit après lui. Au lieu d'être la base, comme elle aurait malheureusement pu l'être, elle n'a jamais été qu'un appendice ; au lieu de tuer l'activité, le courage, la moralité, l'espérance, elle semble n'avoir servi, au contraire, qu'àflonner aux âmes une plus vigoureuse trempe, et à leur faire affronter plus hardiment les plus

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