‹ CalvinChapitre 35 sur 212 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

rudes devoirs ou les rudes épreuves. Ils croyaient à la prédestination, tous ces martyrs qui allaient au supplice encouragés et consolés par quelque pieuse épître de celui qui la leur avait enseignée. Ni les disciples ni le maître ne songeaient, alors, à douter que la couronne incorruptible ne fût pour quiconque serait mort avec courage et avec joie.

Un écrivain qui n'est assurément pas un calviniste, ni même, malheureusement, un croyant, a été frappé comme nous par ce côté moral, héroïque, de la question. — « Genève, dit Michelet, dura par sa force morale. Point de territoire, point d'arniée, rien pour l'espace, le temps ni la matière; la cité de l'esprit, bâtie de stoïcisme sur le roc de la prédestination. Contre l'immense et ténébreux filet où l'Europe tombait par l'abandon de la France, il ne fallait pas moins que ce séminaire héroïque. A tout peuple en péril, Sparte, pour armée, envoyait un Spartiate. Il en fut ainsi de Genève... Et maintenant, commence le combat! Que, par en bas, Loyola creuse ses souterrains ; que, par en haut, l'or espagnol, l'épée des Guises, éblouissent ou corrompent! Dans cet étroit enclos, sombre jardin de Dieu, fleurissent, pour le salut des libertés de l'âme, ces sanglantes roses, sous la main de Calvin. S'il faut quelque part en Europe du sang et des supplices, un homme pour brûler ou rouer.

84 GALLIN.

cet homme est à GeDève, prêt et dispos, qui part en remerciant Dieu et lui chantant ses psaumes. »

XYII

Le quatrième et dernier livre a pour sujet YÉglise. Des vingt chapitres qu'il renferme, l'auteur en consacre douze à la question même de l'Église (constitution, administration, discipline, etc.), un aux vœux monastiques, six aux sacrements, un, enfin, au gouvernement civil, considéré dans ses rapports avec l'Église et le gouvernement de l'Église. L'analyse de ce livre ne pourrait se faire qu'en détail ; nous aurons d'ailleurs à reprendre plusieurs des questions qu'il aborde. Le législateur de Genève ne M que mettre en lois les idées développées dans cette partie de l'ouvrage.

Nous n'avons pas parlé de la polémique. Elle est partout, mais partout à sa place, car elle ne vient jamais qu'à la suite de l'enseigiïement direct, appelée, justifiée par tout ce qui précède. Calvin ne démolit pas pour démolir ; il ne démolit même pas pour bâtir ensuite à la place : il commence par bâtir, traçant ses lignes, creusant ses fondements, élevant, enfin, à chaque fois, tout l'édifice de l'en-

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