‹ CalvinChapitre 36 sur 212 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

seignement en question, sans s'inquiéter de ce qu'il dérange et renverse. Ce n'est qu'après l'achèvement qu'il revient sur ses pas, montrant que ce qui est tombé devait tomber, que ce qui n'est pas tombé encore doit tomber également. Il est facile de comprendre quelle autorité cela lui donne. Sa cause est presque toujours gagnée d'avance. Chacune de ses idées, avant d'engager le combat avec les idées contraires, est passée, en quelque sorte, à l'état de fait accompli, accepté, inattaquable. C'est de l'habileté, sans doute, mais c'est aussi beaucoup plus et beaucoup mieux. Calvin n'est presque jamais subtil, grand éloge à un théologien nourri dans toutes les subtilités de la vieille scolastique ; s'il enlace ses adversaires, c'est de cordes puissantes, jamais de ces misérables fils que l'école s'était si longtemps fait gloire de tisser. Son habileté, en un mot, est celle du génie ; sa force, celle de la foi. Armé de la Bible, il n'admet pas qu'il puisse être vaincu ; aussi, même dans les endroits où il emploie mal l'arme divine, on est obligé de reconnaître que jamais homme ne s'en servit avec une conviction plus ferme, un respect plus profond.

Il est pourtant une chose qui risque trop souvent de vous gâter tout cela. Cette chose, nous l'avons déjà dite ailleurs : c'est le ton que l'auteur prend

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avec ceux qu'il croit devoir combattre. Toute l'impatience et toute Tindignation que peut vous causer une idée fausse, Calvin se croit en droit de la déverser sur quiconque aura enseigné ou même accepté cette idée. Quoique ce ne soit pas dans V Institution Chrétienne qu'il a le plus souvent et le plus complètement mérité ce reproche, c'est là, surtout, qu'on regrette d'avoir à le lui adresser. On voudrait se livrer à lui sans réserve ; on souffre à lui voir quitter tout à coup les pensées les plus pieuses, les formes les plus nobles, pour jeter à son adversaire abattu quelque épithète qui ne sera pas seulement injurieuse, mais triviale, peut-être misérablement plaisante. Op se demande comment il a pu ne pas com'prendre que, à défaut de charité, 1 intérêt même et la dignité de sa cause lui défendaient de la plaider ainsi.

La réponse à cette question est cependant, jusqu'à un certain point, dans la question même, dans l'étonnement pénible qui nous fait aujourd'hui nous l'adresser. L'auteur a écrit pour son siècle, non pour nous. C'est un tort, il est vrai ; un grand écrivain doit écrire pour tous les siècles. Mais, enfin, il écrivait pour le sien, et, si le sien l'a absous, si le sien, pour mieux dire, n'a pas même pensé qu'il y eût lieu à l'absoudre, tant cette âpre polémique paraissait alors naturelle, — il faudra bien,

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