‹ CalvinChapitre 37 sur 212 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

OU que nous Tabsolvions aussi, ou que nous gardions nos reproches pour ceux qui l'ont absous, approuvé, encouragé, admiré. Étonnons-nous, si nous voulons, que ces taches n'aient pas nui au succès de Y Institution ; mais si Fauteur, dans tant d'éditions successives, ne les a pas fait disparaître, c'est, évidemment, qu'on ne les lui reprochait pas. Regrettons-les, mais pour nous ; faire peser sur Calvin tout le déplaisir qu'elles nous causent, ce serait commettre envers lui une injustice assez analogue à celle que nous lui reprochons, car, nous aussi , nous érigerions en fautes graves ce qui^ne l'est qu'à notre point de vue et selon nos impressions.

Et que de beautés , d'ailleurs, dans ce même livre, pour en faire oublier les taches ! Que de pages où il n'y a rien à reprendre, et où l'auteur n'est pas seulement pur des grossièretés de son siècle, mais presque en pleine possession de toutes les qualités que la langue allait revêtir après cent ans de nouveaux progrès ! Il connaît et il observe, en grammaire, des règles qui n'existaient pas encore ; c'est son génie qui les découvre dans le génie de la langue, et quand, après lui, on les fixera, on ne fera que sanctionner son œuvre. Mais ce travail, chez lui, est tout d'instinct ; aucune trace de préoccupations grammaticales, aucune de soins donnés

au style, à la forme. La pensée marche librement, largement ; la phrase et la période s'arrangent sans qu'il ait Tair d'y songer, sans qu'il y songe, car certainement il n'y songe pas, et on aurait le sentiment de lui faire injure, en quelque sorte, si l'on se mettait à étudier chez lui, séparément, le style, l'art, le métier. L'écrivain et le réformateur ne sont qu'un. Qu'il tienne la plume ou qu'il travaille autrement à son œuvre, c'est toujours l'homme de son œuvre, toujours Calvin, tout Calvin, et jamais le style ne fut plus véritablement l'homme, tout l'homme.

« Le style de Calvin est simple, correct, élégant, clair, ingénieux, animé, varié de formes et de tons... Moins savant, moins travaillé, moins our vragé que celui de Rabelais, mais plus prompt, plus souple, plus habile à exprimer toutes les nuances de la pensée et du sentiment. .. Moins naïf, moins agréable et moins riche que celui d'Amyot, mais plus incisif, plus imposant... Moins coloré, moins attachant que celui de Montaigne, mais plus concis, plus grave et plus français ^ » — « V Institution Chrétienne est le premier ouvrage de notre langue qui offre un plan suivi, une matière ordonnée, une composition exacte... Calvin ne perfec-

* Paul Lacroix (Bibliophile Jacob).

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