LIVRE premier
tionna pas seulement, en renrichissant, la langue générale ; il créa une langue particulière, dont les formes, très-diyersement appliquées, n'ont pas cessé d'être les meilleures, parce qu'elles ont été tout d'abord les plus conformes au génie de notre pays. . . C'est ce style de la discussion sérieuse, plus habituellement nerveux que coloré... Instrument formidable par lequel la société française allait conquérir un à un tous ses progrès... Calvin traite en grand écrivain toutes les questions de la philosophie chrétienne... n égale les plus sublimes dans ses grandes pensées sur Dieu, dont l'expression a été soutenue mais non surpassée par Bossuet * . » En voilà assez sur ce livre ; mais nous ne pouvions en parler moins. L'ordre chronologique a été un peu dérangé, car nous n'étions qu'en 1835, et le livre d'alors n'était guère qu'un canevas de celui dont nous avons fait l'analyse. Mais, nous l'avons dit, ce canevas était cependant le livre entier ; tout ce que Calvin allait y mettre pendant vingt-quatre ans, Calvin l'avait déjà dans l'esprit, Calvin allait le reproduire dans tous ses enseignements, dans tous ses actes. Il n'y a donc pas eu réellement anachronisme dans ce que nous venons d'en dire. Vlnstitution définitive de 1859 et Y Institution primitive
* Nisard. Hist, de la littér. françaUe.
de 1535, c*est, sous deux formes, un seul et même programme, — celui de la vie que nous avons entrepris de raconter.
La préface du livre fut comme le premier grand acte public de cette vie. Hardiment adressée au triste prince dont nous avons vu les légèretés et les fureurs, c'était comme une éloquente sommation d'écouter au moins avant de frapper. - « Il m'a semblé être expédient, dit l'auteur, de faire servir ce présent livre, tant d'instruction à ceux que j'avois délibéré d'enseigner, qu'aussi de confession de foi envers vous. Sire, afin que vous connoissiez quelle est la doctrine contre laquelle d'une telle rage sont enflambés ceux qui par feu et par glaive troublent aujourd'hui votre royaume... Bien sais-je de quels horribles rapports ils ont remi-: pli vos oreilles et votre cœur... assavoir qu'elle ne tend à autre fin sinon que tous règnes et polices soient ruinés, la paix troublée, les lois abolies. Je ne demande donc point sans raison que vous veuilliez prendre la connoissance entière de cette cause... Et ne* pensez point que je tâche à traiter