‹ CalvinChapitre 39 sur 212 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ici ma défense particulière, pour impétrer retour au pays de ma naissance... J'entreprends la cause commune de tous les fidèles, et même celle de Christ, laquelle aujourd'hui est en telle manière déchirée et foulée en votre royaume qu'elle semble être désespérée... car la puissance des adversaires de Dieu a obtenu que la vérité de Christ soit cachée et ensevelie comme ignominieuse, et que la pauvrette Église soit ou consumée par morts cruelles, ou déchassée par banissements, ou tellement étonnée par menaces et terreurs qu'elle n'ose sonner mot... Et cependant nul ne s'avance qui s'oppose en défense contre telles furies. Et s'il y en a aucuns qui veulent paraître très-fort favoriser la vérité, ils disent qu'on doit pardonner à l'imprudence et ignorance des simples gens, car ils parlent en cette manière, appelant imprudence et ignorance la trèscertaine vérité de Dieu... »

Voilà bien ce que nous avons déjà fait observer. Ia pauvrette Église écrasée ne demande point la tolérance ; elle ne veut point vivre à la faveur d'une pitié qui demanderait grâce pour l'ignorance ou l'imprudence des simples gens qui la composent. Ces simples gens, par la bouche de Calvin, se réclament de la vérité de Dieu ; ils somment le roi de les écouter, non pour leur faire grâce, mais pour se convertir lui-même à cette vérité qui ne peut pas

ne pas devenir claire à qui l'écoute. S'il ne Técoute pas, malheur à lui, car « on s'abuse si on attend longue prospérité en un règne qui n'est point gouverné du sceptre de Dieu, c'est-à-dire sa sainte Parole. » Le roi la repoussera-t-il parce que les gens qui la lui prêchent sont « pauvres gens et de mépris? >> Pauvres ils sont, en effet, misérables, mais devant Dieu, comme tous les hommes, en qualité de pécheurs, et c'est pour cela qu'ils s'attachent à cette doctrine qui fait leur force, leur richesse, leur joie, — celle du salut par la foi, doctrine, ajoute Calvin, qui « n'est pas nôtre, mais du Dieu vivant et de son Christ. »

Suit donc un rapide exposé de la doctrine réformée, seule chrétienne. Elle se résume, dit-il, en un seul point : Le salut par Jésus, par Jésus seul. Les Réformés n'ont repoussé que ce qui ne pouvait s'accorder avec ce grand dogme, et ce n'est pas leur faute s'il leur a fallu, dans ce triage, écarter tant de choses. Donc, en définitive, le seul crime de ces gens si cruellement traités, c'est d'être sincèrement revenus à l'idée fondamentale du christianisme et fie l'Église.

Et ceux qui les accusent, qui sont-ils? Qui sont ceux qui poussent le roi ^ les exterminer? — Calvin, jusqu'ici, s'est contenu ; mais, en cet endroit, il éclate. Ce clergé si ardent à solliciter des suppli-

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