LIVRE PREMIER
ces, aucun zèle réel ne ranime et ne l'excuse ; son intérêt, son autorité, voilà ses dieux. Les plus criants désordres l'émeuvent peu ; ce qui l'émeut, c'est la moindre atteinte portée à tous ces « fatras » dont il vit, et qui font aller « sa cuisine. » Les mots sont grossiers; la chose n'était que trop vraie , et , tout en reconnaissant que Calvin eût mieux fait d'admettre quelques exceptions, il faut convenir que les exceptions étaient rares. Peu, bien peu d'hommes, parmi les principaux ennemis de la Réforme, méritaient ce respect qu'on est obligé d'accorder, quoique ennemi, à une conviction forte, à une piété vraie, à des mœurs pures. Calvin, avant d'être leur adversaire, avait été leur collègue, et on comprend qu'il s'indignât de leur voir déployer, pour persécuter la Réforme, un zèle qu'il leur avait si peu vu pour travailler, selon leur devoir, au bien réel de l'Église. La Réforme n'avait encore produit, dans le clergé catholique, aucune de ces améliorations dont il allait lui être redevable; elle n'avait fait, au contraire, que lui enlever bon nombre de ses plus savants et de ses plus pieux membres, et c'est avec tous ses vices, toute son ignorance, qu'il s'avançait pour l'écraser.
Après avoir montré ce que sont ses adversaires, Calvin passera en revue ce qu'ils disent.
Ils disent que la doctrine est nouvelle. — Oui, pour ceux à qui l'Évangile est nouveau.
Us disent qu'elle ne repose sur rien. — Oui, si l'Évangile n'est rien.
Ils demandent de quels miracles elle peut s'autoriser. — Eh ! de tous ceux qui ont servi jadis à confirmer la divinité de l'Évangile. Si l'Église romaine tient à pouvoir en citer d'autres, c'est qu'elle en a besoin pour appuyer ses nouveautés. Nous ne l'éprouvons pas, nous, ce besoin-là. Puis, on sait ce que valent les miracles et les a miracleurs » du papisme.
Ils disent que nous méprisons les Pères. — Us les respectent, eux, mais de singulière façon. Ce que les Pères ont dit de conforme à l'Évangile, « ou ils ne l'aperçoivent point, ou ils le dissimulent, ou ils le pervertissent ; » ce que les Pères ont dît de contraire à l'Évangile, ils « l'adorent, » ces a bons fils, n et ils l'exploitent, s'autorisant de la plus petite erreur pour enseigner carrément les plus grosses. Mais il est faux que nous méprisions les Pères. Les mépriser! Ce sont nos meilleurs amis. £t Calvin énumère tous les points où la Réforme a tout profit à invoquer les Pères. « Celui étoit Père qui a dit que c'étoit abomination de voir une image aux temples des chrétiens... Celui étoit Père qui a nié qu'au sacrement deJa Cène sous