LIVRE PRKMIER
Jean Calvin naquit à Nbyon, en Picardie^ le 10 juillet 1509. Son grand-père habitait encore la petite ville de Pontr-l'Évêque, d'où la famille était originaire; il était tonnelier. Son père, Gérard Chauvin * , établi à Noyon , était devenu notaire apostolique, procureur fiscal du comté, promoteur du chapitre et secrétaire de l'évéque, fonctions, à ce qu'il parait, plus honorables que lucratives, surtout pour un homme chargé d'une nombreuse famille. Gérard était bien vu de la noblesse, du clergé , et, en particulier, de l'évoque, Charles de Hangest.
Sa femme, Jeanne Lefranc, de Cambray, accoutuma de bonne heure à tous les exercices de
la piété romaine ce fils destiné à l'Église. Une vocation sérieuse se dessinait chez lui. Le père, qui avait peut-être songé plus aux avantages tem-
* Ou Gaavin. Calvin est le latin Calvinut^ traduction de Chauvin; OB sliabitua de bonne heure à ne plus donner au réformateur, même en français, que le nom sous lequel il avait publié son premier livre, écrit en latin. Il eut souvent aussi, soit pour sa propre sûreté, soit pour ne pas compromettre ses amis, à se cacher sous d'autres noms, Akuin, anagramme de Calvin, Lucianus, anagramme de Calvinus, Charles d^Espeville, Jean de Bonnevitte, etc.
porels qu'aux dispositions intérieures, voulut au moins que rien ne' manquât , du côté de l'instruction, au futur prêtre, et, qui sait? au futur évêque ou au futur cardinal. Les succès précoces de l'enfant justifiaient ces rêves ambitieux du père. Placé au collège dit des Capettes^ il se montrait «de bon esprit, d'une promptitude naturelle à concevoir, et inventif en l'étude des lettres humaines * . » Mais le collège, ce n'était pas assez ; Gérard voulait pour son fils une éducation plus soignée, et, comme on dirait aujourd'hui, plus aristocratique. Il demanda donc pour lui au seigneur de Mommor, parent de l'évêque, la faveur de partager les leçons qu'un précepteur habile donnait aux fils du gentilhomme. Cette faveur fut accordée, et Calvin, en reconnaissance, dédia plus tard son premier ouvrage à un de ses nobles condisciples, Claude, abbé de Saint-Éloi. La dédicace nous le montre conservant avec bonheur le souvenir des soins et des égards dont il avait été l'objet. Quant aux dangers qu'aurait pu avoir pour bien d'autres ce séjour dans une maison opulente, son naturel sérieux l'en sauva. La sévérité de son père contribuait aussi à le^ maintenir plutôt timide, craintif, compression fatale à cer-
^ Desmay, docteur de Sorbonne, auteur de Remarques sur la vie de Calvin.