LIVRE PREMIER
taines âmes, mais utile à (i*autres, et féconde, pour elles, en éléments d'audace et d'énergie.
Calvin fut donc « nourri en la compagnie des enfants de la maison de Mommor, aux dépens toutefois de son père * . » — Or, son père trouvait la dépense forte, et il demanda à Tévéque, pour l'enfant de douze ans, une petite charge qui se trouvait vacante, celle de chapelain à la chapelle dite la Gésine.
Une demande de ce genre n'avait alors rien d'insolite ; il y avait longtemps qu'on ne se faisait aucun scrupule de conférer les charges de l'Église, même les plus hautes, à des jeunes gens, à des enfants. Plusieurs conciles avaient inutilement condamné cet abus; le concile de Trente allait essayer de nouveau, et, grâce à la Réformation, réussir mieux, quoique imparfaitement encore. Mais, au commencement du xvi* siècle, l'abus régnait dans toute sa force. On vit en France un cardinal de seize ans, Odet de Ghâtillon^; en Portugal , on en avait vu un de huit ans , et le pape Léon X, qui le nomma, avait été lui-même, à cinq ans, archevêque d'Aix.
L'évêque de Noyon accueillii donc favorable-
« Bèze. Vie de Calvin.
3 Frère de Tamiral de Coligny. Il embrassa la Réforoie en 1561.
ment la demande, justifiée d'ailleurs par les services que paraissait devoir rendre à TÉglise un serviteur si bien doué. Les ennemis de Calvin n'ont pas manqué, là-dessus, de l'accuser d'ingratitude. Abandonner et condamner l'Église, n'était-ce pas déchirer le sein qui l'avait nourri ? — Vaines déclamations. Vouloir que la conscience et la raison d'un homme soient à tout jamais enchaînées par un bienfait reçu à douze ans, c^est nier la raison, la conscience, ou demander, sous le nom de gratitude, une étemelle hypocrisie. Calvin, d'ailleurs, une fois décidé à quitter l'Église romaine, renonça volontairement à tout ce qu'il tenait d'elle. Que peut-on demander de plus?
Peu de jours après sa nomination (mai 1521), le jeune chapelain reçut la tonsure. Il la reçut avec émotion, avec foi, et^ quoique cette cérémonie ne constituât pas un engagement irrévocable, l'engagement, dans son cœur, était complet. Il se remit à l'étude avec un redoublement d'ardeur. Deux années lui virent faire encore de grands progrès, et son père ne désirait plus qu'une chose : l'envoyer en quelque université où il trouvât des maîtres dignes de* lui.