LIVRE PREMIER
ils allaient marcher, bénissant Dieu de ce qu'il leur donnait enfin de bien savoir où ils en étaient, où ils allaient.
^Parmi les âmes qui s'abandonnèrent avec joie à cette dernière impression, nous trouvons la duchesse de Ferrare, Renée de France.
Fille de Louis XII, qui ne laissa point de fils. Renée, sans la loi sdique, eût été reine de France, et si la reine de France eût eu les sentiments de la duchesse de Ferrare, quel changement peut-être dans les destinées du royaume ! Mais laissons ces points d'interrogation qui vont se poser, malgré nous, à côté d'un passé irrévocable. C'est interroger Diei^; c'est presque lui reprocher de n'avoir pas arrangé toutes choses comme nous l'aurions Youlu.
La reine manquée faillit devenir impératrice ; elle n'avait pas trois ans qu'elle fut fiancée à Charles
d'Autriche, le futur Charles-Ouint. La politique rompit cette alliance. Fiancée ensuite à Henri VIII, puis au marquis de Brandebourg, François I" finit par la donner à un petit prince italien, Hercule
M CALVlli.
d'Esté, duc de Ferrare, fils de Lucrèce Borgia.
Renée avait dix-sept ans. Peu douée qUant aux avantages extérieurs, elle l'était admirablement en tout le reste. Elle avait appris le latin, le grec, les mathématiques ; une grâce parfaite effaçait la pédanterie qui eût facilement pu résulter, chez une femme, d'études de ce genre. C'était, dit Brantôme, une « fort bonne et habile princesse, car elle avait un des bons esprits et subtils, qui était possible..» Enfant de la Renaissance, l'amour des arts occupait aussi une place, et une grande, dans son esprit et dans son cœur.
Ces goûts se trouvèrent ceux.de son mari. Il aimait, comme elle, les arts, les lettres ; mais le côté plus sérieux du mouvement moderne lui était totalement étranger. EUe, eUe avait vécu avec Marguerite de Valois ; elle arrivait imbue des idées nouvelles, mûries déjà, dans son cœur, sousl'inûuence d'une vie pure et d'une piété vraie. Le duc put croire d'abord qu'elle ne franchirait pa!fe cette atmosphère tout intellectuelle et poétique dans laquelle s'étaient renfermés, en Italie, les nouveaux besoins religieux de quelques esprits d'élite. Il la laissa correspondre avec eux, les attirer môme à sa cour. Il la vit encore sans trop de crainte accueillir Marot, le poète, banni de France à la suite de l'affaire des placards, mais trop léger, du moins en apparence.