LIVRE PREMIER
pour qu*on vit en lui autre chose que le bel-esprit et le riiUiBur. D'autres français, plus ouYertement protestants, et qui venaient, comme lui, chercher un asile à Ferrare, forcèrent le duc de voir plus clair dans les sentiments de sa femme. Un jour, enfin, arriva Charles d'Espeville, et le duc n'ignora sans doute pas que Charles d'Espeville était Jean Calvin, de Noyon, l'auteur de Y Institution Chrétienne^ probablement appelé par la princesse.
Nous possédons malheureusement peu de détails sur cette'partie de sa vie, moins importante, il est vrai, puisqu'une devait rien en rester, mais certainement intéressante. Quelles furent les impressions de Calvin à la vue de l'Italie, de sa reUgion, de son culte, de son clergé, de ses moines, et aussi de son ciel et de ses arts? On a regretté, sur ce dernier point, que son séjour n'eût pas été plus long. L'Italie, a-t-on dit, aurait assoupU son âme, vivifié son imagination ; il n'aurait plus été cç génie triste y comme dit Bossuet, dédaignant tout ce qui n'est pas raison, doctrine, austère et âpre vérité. C'est possible; mais aurait-il, dans ce cas, gardé sa force? Calvin-, enfant de l'Italie, eut-il .encore été Calvin ? Ne nous amusons pas à refaire les grands hommes en modifiant sur le papier les éléments de leuf grandeur ; il y a toujours probabilité qu'ils ont été ce qu'ils devaient être, et que, modifiés, ils au-»
raient été beaucoup moindres. Puis, bien que CaMn n'eût encore que vingt-sept ans, son éducation n'était plus à faire. Il ne venait pas en Italie, comnàe Luther, pour voir, pour s'instruire, pour tâcher de trouver la solution de certains doutes, solution, d'ailleurs, que Luther remporta tout autre qu'il n'était venu la chercher; Calvin savait déjà tout ce qu'il devait penser et du catholicisme, et de l'Église, et des papes, et de la forme, et du fond. L'Italie ne pouvait ni le renvoyer moins catholique, comme Luther, puisqu'il ne l'était plus du tout, ni, encore moins, le reconquérir au romanisme. Ce n'était pas la papauté qui, vue de plus près, pouvait lui faire regretter de l'avoir condamnée ; ce n'étaient pas les puérilités splendides du culte italien qui pouvaient lui faire craindre d'avoir été trop loin en proscrivant les images, les cérémonies, les pratiques.
Il est probable, au contraire, que ce spectacle lui parut le meilleur commentaire de son livre, comme il l'est encore et le sera aussi longtemps que l'Italie ne sera pas revenue à l'Évangile. Le commentaire aidant, il eut peu de peine à gagner définitivement à la Réforme plusieurs personnes qui n'étaient encore qu'ébranlées, et qui, comme la duchesse, attendaient sa victorieuse impulsion.'On cite, en particulier, madame de Soubise, ancienne