‹ CalvinChapitre 46 sur 212 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

gouvernante de la duchesse, Jean de Parthenay, seigneur de Soubise, Anne de Parthenay, sa femme, Antoine de Pons et le baron de Mirambeau. Que fit-il de Marot? On ne peut le dire exactement ; mais il parait, que le poète, tout poète et tout léger qu'il était, fut pris, comme les autres, à cette parole austère, ou, du moins, n'en repoussa pas l'influence. C'est peu après sa rencontre avec Calvin que nous le voyons adressant au roi de France une épltre décidément courageuse, dont le ton, en quelques endroits, est tout autre que celui du pur bel- esprit. « L'ignorante Sorbonne, dit-il, me veut du mal...

Eux et leur cour, en absence et en face, Par plusieurs fois m'ont usé de menace, Dont la plus douce étoit en criminel M*exécuter. Que plût à l'Éternel, Pour le grand bien du peuple désolé, Que leur désir de mon sang fût saoulé, Et tant d'abus dont ils se sont munis Fussent à clair découverts et punis I G quatre fois et cinq fois bienbeureuse La mort, tant soit cruelle et rigoureuse, Qui feroit seule un million de vies Sous tels abus n'être plus asservies! »

Le martyre, c'était beaucoup, et nous pouvons

douter que Marot l'eût affronté tout de bon ; mais ,

enfin, un souffle de vie a passé à travers ces lignes,

et, ce souffle, c'était celui de Calvin; Puis, ne nous

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hâtons jamak trop d'accueillir des doutes de ce genre. Il y a des temps où les martyrs se recrutent avec une facilité que d'autres temps risquent de trouver fabuleuse ;' le poète eût tenu parole peut-être, tout aussi bien que tel ou tel qui enxùt aussi paru incapable, et qui, le moment venu, sut mourir. Il n'est déjà pas vrai que Marot, pour rentrer en France, abjura la Réforme à Lyon ; c'est une invention de ses ennemis, mais qui prouve qu'on le regarda, vers ce temps , comme gagné par le réformateur. Banni de nouveau sept ans plus tard, c'est à Genève qu'il va se réfugipr. Calvin l'accueille en ami, et Calvin n'était pas homme à bien accueillir, par politique, un réfugié qu'il n'eût pas su être un frère , encore moins eût-il pris sous son patronage et recommandé par une préface les cinquante psaumes que Marot réunit alors et publia. Seulement, comme le raconte Bèze, a ayant été toujours nourri en une très-mauvaise école, et ne pouvant assujettir sa vie à la réformation de l'Évangile, » il quitta Genève peu après. On a bâti, làdessus, tout un roman d'accusations; Marot aurait mené, à Genève, une vie des plus honteuses. Aucune trace de ce qu'on a raconté n'a été trouvée dans les registres du Conseil ou du Consistoire ; il n'y a de vrai qu'un fait : c'est que le poëte des Valois ne s'accommodait pas de la discipline calvi-

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niste. Le protestant, pour Calvin, c'était peu : il lui fallait le converti, dans le sens intime du mot, le chrétien , le régénéré, le nouvel homme. Mais , le nouvel homme , ce n'est pas un homme qui peut le créer en nous ; c'est Dieu.

Où en était donc, à cette époque, celle qui avait accueilli et Marot et Calvin?

Nous n'avons que des conjectures, mais appuyées de faits assez significatifs. Marot, dans des vers adressés à la reine de Navarre, raconte les ennuis dont Renée de France est accablée.

« Vu la façon comment on la manie, Diray qu'elle est de la France bannie Autant que moy...

Son mari, en effet, voulait la forcer de chasser tout son entourage, y compris madame de Soubise, qu'elle aimait comme une mère, et, après bien des résistances, elle dut céder. Il est vrai que la politique avait contribué à effrayer Hercule d'Esté. Il venait de se jeter dans les bras de Charles-Quint, et il tremblait que la présence de tant de Français

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à Ferrare n'indisposât l'ennemi du roi de France, d'autant plus que Renée avait aussi accueilli des militaires, tristes débris de l'armée française en Italie. Aux premiers reproches qui lui en furent adressés : « Que voulez-vous que je fasse? disaitelle; ce sont pauvres gens de ma nation, lesquels, si Dieu m'eût donné barbe au menton , seroient maintenant mes sujets ; voire même le seroient-ils sans cette méchante loi salique. » Mais le duc insistait. A la frayeur d'offenser Charles-Quint se joignait celle d'indisposer le pape, qui pouvait lui ôter Ferrare, et dont les yeux ne quittaient pas ce nid de Français et d'hérétiques. Tout dut partir. Marot se retira à Venise ; Calvin reprit le chemin de Bâle, et nous le retrouverons, jusqu'à son lit de mort, en correspondance avec la princesse. C'est à elle qu'est adressée la dernière lettre française que nous ayons de lui, en date du 4 avril 1564. « Madame, lui écrit-il, je vous prierai me pardonnner si je vous écris par la main de mon frère, à cause de la foiblesse en laquelle je suis et des douleurs que je souffre... Je vous prierai aussi m'excuser si cette lettre est courte auprès de la votre... » Il se défend ensuite d'avoir placé parmi les réprouvés le duc de Guise, gendre de la princesse;* il a, dit-Q, déclaré au contraire que « ceux qui damnent les gens à leur opinion sont trop hardis, » et tant s'en faut,

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