‹ CalvinChapitre 48 sur 212 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

confia l'affaire au fameux inquisiteur Oriz, habile à séduire, impitoyable à punir. On a retrouvé rinstruction qui lui fut remise à son départ pour ritalie. Il devait employer d'abord les exhortations, les remontrances. Si la princesse se montrait « opiniâtre etpertinace, » persistant en ses « maudites et damnées erreurs, » le duc serait prié de lui ôter ses enfants et de l'enfermer dans un couvent.

Renée fut « opiniâtre et pertinace, » et la sentence s'exécuta ; seulement, au lieu d'Un couvent, ce fut le vieux château d'Esté qui lui fut donné pour prison . L'éducation de ses enfants avait été sa seule consolation, sa seule joie. Elle ne les vit plus, et, à la douleur de ne les plus voir, se joignait celle de les laisser à des gens qui leur apprendraient à la haïr, elle et la foi qu'elle leur avait donnée.

Elle résista longtemps; elle céda enfin. Nous ne savons pas jusqu'à quel point et sous quelle forme ; mais, en novembre 1854, Calvin écrit tristement à Farel : « 11 n'est que trop certain que la duchesse a succombé, vaincue par les menaces et les outrages. Que dirai-je à cela, si ce n'est que la constance est chose rare chez les grands? » Mais il écrit, peu après, à la duchesse elle-même. Une charité délicate lui fait voiler des reproches qui n'en seront que plus pénétrants, et des exhortations qui n'en

seront que plus puissantes. Il n'a rien su, (^it-îl, mais il n'a pu s'empêcher de deviner. c< C'est un mauvais signe, Madame, que ceux qui vous faisoient si âpremept la guerre, pour vous détourner du service de Dieu, maintenant vous laissent en paix. Le diable en a tellement fait ses triomphes, que nous avons été contraints de gémir et baisser là tête, sans nous enquérir plus outre. » Mais s'il ne veut pas s'enquérir de ce qui a eu lieu, il ne s'enquiert pas davantage des sentiments actuels de la'princesse, car il n'admet pas qu'elle puisse ne pas pleurer d'avoir faibli. U ne s'arrêtera donc pas à lui prêcher de se repentir ; il ne lui en dira pas même un mot. Elle a péché : donc elle se repent, et il n'y a plus qu'à la consoler. « Comme notre bon Dieu est toujours prêt à nous recevoir à merci, et, quand nous sommes tombés, nous tend la main, je vous prie de reprendre courage... Quand vous penserez bien. Madame, que Dieu, en humiliant les siens, ne les veut pas rendre confus à jamais, cela vous fera espérer en lui, afin de vous évertuer tant mieux à l'avenir... Invoquez-le donc en vous confiant qu'il est suffisant pour subvenir à nos fragilités... »

Mais autant il a été indulgent pour une défaiUance passagère, autant il sera sévère quand la princesse lui paraîtra volontairement engagée

LIVRÇ P^KUIER. 115

^ans une ypjijÇ ^ç rel^c^çment e^ de Cadblessc. En 156,ft, deYen,Uje ve\iTe, elle se disppse à rentrer en ^çançe;, çh son gendre, l,ç duc de Guise, lui offre une part dai\^ ^e gpuyernemçnt. Calvin devine, encore sans peine que ce§ oj^es ont dû être îM?coxnpagaées de certaines conditions. Lesquelles? D n'en sait, ^en ; mais la princesse a évidemment consenti à sacrifier plus ou moins tout ce qui pourrait déplairç aux Guises, et rien, cela v?^ saijis dire, ue leur est plus déplaisant que seç opinion^ éyangéUquesi. Çalyin ya^ droit au Çiit. Quelque dure, lui dit-^l, qu'ait; été sa captivité à FerrÊgre^ être li- %e ppur ^e lancer dans ces s^çcommodjements et ces faiblesses, ce ne serait quç toçabçr d'un abîme dans mn autre, bieijL p^e et plus profond. Les Guises sç sp\icient pjçu^ fprt peu, du bien qu'elle poui^ait faire en les aidait de ses conseils ; ils ne veuleïijt

que se couvrir de son nom « pour nourrir le mal qui ne peut plus être enduré. » Ainsi, « se fourrer en telles ççnûjgsi^ft, c'est tenter Dieu. Si la hautçsise et gçamjiçur dV; moftde, poijgrsuit-il, vous empécbç d'approcher de D^ei^, je vous serois ti:aHrç vous fs^sant croire que l^e, noir est blanic. Si vous étiez i^ien résfAi^e de vous pprtçr firanche.ui.ent et en autce magaaflimité que n'ayez fait ju^ques ici, je le priQ- ^i$,de, vQus avancer bientôt en plus grand maniemcya^ qu'on ne vous présente ; mais si c'est poux

dire amen à tout ce qui est condamné de Dieli et des hommes, je ne sais que dire, sinon que vous gardiez bien de tomber de fièvre en chaud mal. » Est-ce à dire qu'elle ne doive pas profiter de la liberté que la mort de son mari lui a rendue? Non ; mais que ce soit « pour servir à Dieu à bon escient, et tendre au droit but... Quoi qu'il en soit, c'est par trop languir, Madame, et, si vous n'avez pitié de viais, il est à craindre que vous ne cherchiez trop tard remède à votre mal. Outre ce que Di^u vous a de longtemps montré par sa Parole, l'âge vous avertit de penser que notre héritage n'est pas ici-bas, et Jésus-Christ vaut bien de vous faire oublier tant France que Ferrare. »

Ces paroles ne furent pas perdues. Elle revint en France, mais tout autre que ne l'attendaient les Guises, et c'est à partir de cette époque qu'elle tendit décidément «au droit but. » En 1561, elle demande à Genève un ministre, et on lui envoie François Morel. En 1562, nous l'avons vue assiégée à Montargis. En janvier 1564, trois mois avant cette lettre dernière que nous avons citée, voici, sous l'austère plume de Calvin, quelques lignes presque plaisantes. «J'entrerai, Madame, en autre propos. Il y a jà longtemps que j'avoîs bonne dévotion de vous faire présent d'une pièce d'or. Avisez si je suis hardi... Je l'ai baillée au porteur afin

Page 1