LIVRE PRIMER
Sur ces entrefaites, la peste vint affliger Noyon ; Gérard pensait avec effroi au danger que pouvait courir ce fils, Tespoir de sa vie. Aussi, apprenant que les jeunes Mommor allaient partir pour Paris et continuer là leurs études, il se hâta de demander au chapitre, pour le jeune chapelain, la permission «d'aller où bon lui sembleroit durant la peste, » sans renoncer au petit revenu de la chapelle. L'autorisation fut accordée. C'était en août 1523.
Pourquoi fautril que nous nous heurtions, encore ici, à des accusations dont il serait impossible de ne rien dire?
On a montré Calvin se dérobant lâchement, par frayeur de la peste, à ses devoirs de chapelain. — Ce chapelain était un enfant de quatorze ans, à qui son titre n'imposait et ne pouvait imposer ni devoirs ni fonctions quelconques.
On a fait pis : on a voulu que la vraie cause du départ de Calvin ait été une condamnation infamante, châtiment de vices hontenx, abominables. Sans l'intervention de l'évêque, il eût été brûlé.
16 CiLVIN.
La peine du feu fut commuée en celle des verges et du fer chaud.
Quand cette tradition n'aurait contre elle que son invraisemblance, elle serait déjà à rejeter. Où a-t-on jamais vu punir de cette manière un vicieux de quatorze ans? Et si Calvin a été ce vicieux, conunent se fait-il qu'on ait attendu sa mort pour le dire? Plusieurs de ses parents, à Noyon, chan* gèrent de nom, pour n'avoir plus rien de commun avec l'hérésiarque. Une haine pareille eût -elle gardé le silence sur ce trait honteux de sa jeunesse, et n'y eût-il pas eu, par toute l'Europe, des bouches pour le répéter? N'eût-il pas suffi du soupçon même pour frapper d'impuissance, d'impossibilité, ce rôle de législateur moral si hautement revendiqué par Calvin à Genève ?
Voilà ce qu'on pourrait dire ; mais ce serait superflu. La clef de toute l'affaire est dans un livre publié dès 1633, les Annales de l'Église de Noyon^ par Jacques Le Vasseur, chanoine de cette Église. Ardent ennemi de Calvin, calomniateur en maint endroit, mais d'autant plus digne, ici, d'être cru, c'est lui qui nous apprend que ces détails scandaleux concernent un autre Jean Cauvin , chapelain aussi, mais « qui mourut, dit-il, bon catholique, » après avoir été vicaire en diverses paroisses, et, en dernier lieu, à Trachy-le-Val.