LIVRE PREMIER
née (fe France jusqu'à là fin de ses relations avec lui, c'était beaucoup moins pour n'avoir pas à y revenir plus tard, que pour donner avec quelque ensemble, dès l'entrée, un aperçu du rôle de Calvin dans ses relations avec les grands. Il serait difficile, nous semble-t-il, d'unir plus de fermeté k plus de respect des convenances. Calvin sait ce qu'on doit aiix grands, et il sait ausèi s'iarréter juste au point où commencerait la complaisance ; il sait avoir égard aux difficultés de leur position, et cependant, en somme, il ne leur pardonne rien. Il ne les malmène pas, mais il les mèney et n'est-ce pas là le vrai rôle dii ministre de l'Évangile, avec les petits comme avec les grands? .
Peut-être devrions-nous achever aussi l'histoire, assez différente, de ses relations avec un homme que nous avons vii le sûivï^e à sa sortie de France, Te chanoine Dii Tillet.
Du Tillet s'était cru cotiverti à l'Evangile ; il Tétait, à ce qu'il paraît, sauf en un point. Suivre Jésus^Christ, volontiers ; porter sa croix, non. Or, quand oh en est là, les scrupules viennent vite ; les scrupules commodes, s'ehtend, ceux qui coloreront et abriteront la rétraite. Du Tillet ne croit aonc pas plus que Calvin aux enseignements du romanisme; niâîs il se prend à penser à l'Église, et il se demandé si l'Église, qîiôiqiié iians l'erreur
et corrompue, n'est pas cependant toujours TÉglise, la mère des fidèles, l'épouse du Christ. Lui défend-elle, après tout, d'être pieux? L'empêche- . ra-t-elle, s'il rentre dans la grande unité extérieure, de garder dans son cœur les opinions évangéliques dont il s'est nourri auprès de Calvin? Calvin — c'était à Genève , dans le courant de 1537, — s'aperçoit peu à peu que Du Tillet n'est plus le même. Il est triste ; il soupire après sa patrie, sans doute, et son presbytère de Claix, si commode, et sa bibliothèque, tant aimée. Calvin, qui n'a rien laissé de semblable, et qui, d'ailleurs, eût-il laissé plus encore, ne permettrait pas à son cœur de s'amollir en y pensant, lui répète, un peu durement peut-être, la sévère parole du Sauveur : «Celui qui met la main à la charrue, et regarde en arrière, n'est point propre pour le royaume des cieux. » Un jour, enfin, Du Tillet disparaît, et, peu après, une lettre de lui apprend à Calvin qu'il est rentré dans le catholicisme.
Calvin répond, mais sans aucune aigreur. Une seide chose le tourmente, dit-il; c'est qu'il a peutêtre contribué, par quelque manque d'égards, à la résolution de Du Tillet, et il le conjure, en ce cas, de lui pardonner. Quant aux raisons que Du Tillet croit pouvoir alléguer, toujours sur ce terrain vague de la notion d'Église, Calvin déclare ne vouloir