LIVRE PREMIER
ce qui se passait au val d'Aoste, ce fut de ce c6té
qu'il tourna tout à coup ses pas.
Le val d*Aoste, en effet, était profondément travaillé par la Réforaie. Les dépêches d'Ami Porral, ambassadeur de Genève à Béme, en font foi. « Le duc, écrivait-il en 1835, a beaucoup d'affaires au delà des monts , en partie à cause de l'Évangile , car l'Évangile se répand par tout le pays. C'est un;e chose qu'il faut qu'elle aille en avant, en dépit des princes, puisqu'elle est de Dieu. » Et, dans une autre dépêche, écrite au mois de décembre : « Les Aostains, disait-il, ont grosses questions avec leur évêque, à cause des excommuniements qu'ils ne peuvent souffrir. » De graves nouvelles étaient récemment venues les encourager dans cette voie. Les Bernois, marchant au secours de Genève, avaient conquis en passant le pays de Vaud, le pays de Gex, le Chablais, et toutes ces contrées, mûres pour la Réforme, s'étaient livrées avec joie aux conquérants qui la leur apportaient.
De là les ardentes espérances de tous ceux qui, dans le val d'Aoste, avaient ouvert les yeux à l'Évangiie; de là leur joie à l'arrivée de Calvin. Il n'entra pas dans la ville, trop bien gardée; mais, tout près, dans une ferme connue encore aujourd'hui sous le nom de Ferme de Calvin^ la noble famille de Yaudan lui offrit un asile. Là devait se vé-
nfier encore une lois ce que nous lui avons vu dire que « toutes retraites » lui étaient comme « écoles piifcliquès. » On vbnait à îui eh foule; on ne parlait aë riêh moins que de s'adresser à la répuDlique puissante qiii avait délivré Genève, et de lui demander une délivrance semblable. C'était la révolte politique avec la révolte religieuse; mais, après toiit, à qui la faute? N'était-ce pas dans cette môme viUe d'Aoste que le duc, Tannée d'avant,-
sollicite par l'ambassadeur bernois de permettre aux Genevois de « garder l'Evangile, » avait répondu que jamais il ne le permettrait? Nul espoir, donc, de professer jamais le christianisme. évan-
Pierre Gazzini, un défenseur redouté, redoutable. Dès 1528, douze gentilshommes du pays avaient été décapités, sur sa dénonciation, comme luthériens ; pfeu après, quatre colporteurs venus lie Genève avaient été mis à la torture et exécutés en-
^uitè. Puissamment secondé par le comte de Chalans, maréchal d'Aoste, il établit dans la ville une police religieuse a laquelle ne manquait que le nom d'Inquisition ; et quand s'ouvrit, en février 1536, rassemblée dés États âé la province, toutes les naçsures étaient prises pour écraser la minonte hardie qui avait espère y taire proclamer les pnncipes de