LIVRE PREMl£R
Ainsi, la base tombe^ et rinvraisemblance fait place à la plus complète fausseté. Nous renvoyons, pour les détails, à la Défense de Calvin^ par Drelincourt ; nous y renvoyons également pour toutes les calomnies auxquelles nous ne jugerons pas à propos de nous arrêter.
11 était donc, à son départ de Noyon, Tentant que nous avons peint ; le sérieux de son père et la piété de sa mère faisaient le fond de ce caractère un peu triste, mais déjà fortement trempé, qu'il allait jeter au milieu des bruyantes écoles de Paris.
Il descendit chez un oncle, Richard Cauvin, serrurier ; peu de jours après, il entrait au collège de la Marche. Là professait un homme vers lequel il se sentit aussitôt attiré, le régent Mathurin Cordier, que l'écolier de 1583 devait appeler plus tard à diriger le collège de Genève. Cordier était un de ces hommes rares qu'une vaste érudition n'empêche pas d'aimer l'enfance et de s'en faire aimer. L'en§eignement, d'ailleurs, n'avait pas cette régularité moderne qui fait de chaque classe un échelon strictement défini, où chaque professeur est
enfermé dans son programme. On parlait de tout à propos de tout, méthode souvent fâcheuse, mais beureuâe aussi quelquefois. Cordier excellait donc à profiter d'un enseignement élémentaire pour initier ses élèves aux questions de littérature, de philosophie et d'histoire ; on sentait partout, avec la science, une âme élevée, un cœur droit. Aussi Calvin se plut-il, dans tous les temps, à reconnaître ce qu'il devait à son vieux régent de la Marche. En lui dédiant son Commentaire sur la première épltre aux Thessaloniciens, il attribue aux leçons de Cordier tout ce qu'il a pu faire de progrès dans des études plus relevées; et si la postérité, dit-il, doit retirer quelque fruit de ses ouvrages, il veut qu'elle sache bien que c'est en partie à Cordier qu'elle en est redevable.
Cordier exerça-t-il directement quelque influence sur les idées religieuses de l'écolier de Noyon? — Pour répondre à cette question, il faudrait savoir où Cordier en était lui-même, et nous ne le savons pas. Zélé protestant en 1838^ il est peu probable qu'il fût resté étranger jusqu'en iK33ou 1824 à un mouvement déjà puissant, et puissant surtout, ju^que^là, dans le monde intelligent et lettré. Peut-être ne savait-il guère luimême ce qui se passait dans sa tête, dans son cœur, pas plus que l'écolier ne pouvait compren-