‹ CalvinChapitre 64 sur 212 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

hôtellerie de Genève, mais pour repartir le lendemain. Ne serait-ce pas Thomme qu'il attend? Car Farel, aussi humble que courageux, s'était souvent demandé si un autre ne réussirait pas mieux que lui. Il s'était mis, comme par pressentiment, à attendre et à espérer cet autre.

Il courut donc à Thôtellerie. Quelle fut, en voyant Calvin, sa première impression ? Persistat-il à croire que c'était l'homme qu'il attendait, ou fut-il un moment déconcerté par la pâleur, la maigreur, l'air maladif de celui à qui il venait proposer une telle charge ? Nous l'ignorons. Mais la proposition est formulée, et Calvin, d'abord, la repousse. Il n'est pas fait, dit -il, pour cette charge. Il veut bien être ouvrier du Seigneur dans la grande moisson qui se prépare, soldat du Seigneur, au besoin, dans la grande bataille, comme il l'a été en mainte occasion déjà; mais défricher une portion du champ ^ mais accepter la garde d'un poste déterminé, il est convaincu que ce n'est pas son affaire. S'il a déjà rendu quelques services, n'est-ce pas par un livre, fruit du silence et de l'étude? Qu'on le laisse donc aller là où il pourra en écrire d'autres. Farel insiste. Le livre est fait ; quel autre livre pourrait valoir le commentaire que l'auteur y ajoutera en l'incarnant dans une Église sur laquelle le monde aura les yeux? Qui a le droit,

d'ailleurs, quand de toutes parts la trompette sonne, de dire qu'il n'est pas homme d'action, que sa tâche est d'étudier, d'écrire? La preuve que Dieu attend autre chose de Calvin, c'est que le voici, lui, Farel, qui se trouve sur son chemin, et qui lui demande, au nom de Dieu, sa coopération. Calvin trouve alors des raisons nouvelles; il veut, dirait-on, rebuter Farel en lui peignant les défauts de l'homme qui deviendrait son collègue. Il se connaît, dit-il; il se sait tenace, opiniâtre. Encore une fois, qu'on le laisse s'ensevelir dans ses études ; ce n'est que là qu'il peut valoir quelque chose. Alors Farel éclate. « Tes études, s'écrie-t-il, c'estun prétexte! Je te déclare, moi, que si tu refuses de t' associer à mon œuvre. Dieu te maudira pour t'être cherché toi-même et non pas Christ ^ . »

Calvin céda, mais comme devait céder un homme de sa trempe, c'est-à-dire avec la profonde conviction qu'il cédait à Dieu, non à un homme. Mais l'homme lui resta toujours cher et vénérable. Il aimait à se rappeler cette scène, cette «adjuration épouvantable, disait-il, comme si Dieu eût d'en haut étendu sa main sur moi pour m'arrêter ^. » Il se la rappelait aux jours

mauvais, reprenant courage à la pensée de cette

* Bèze. Vie de Cahin.

2 Prcfnce sur les Ps«unaes.

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