‹ CalvinChapitre 65 sur 212 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

main « étendue d'en-haut » pour le saisir et le soutenir; il se la rappelait, jaux jours heureux, pour remercier Dieu de Tavoir choisi et soutenu ; il se la rappela, sans doute, quand le vieux Farel le vint voir pour la dernière fois, lui, plus jeune de tant d'années, mais consumé avant le temps. Farel ne venait plus, ce jour-là, pour « l'arrêter, » mais pour lui envier le bonheur du grand départ et les félicités du grand repos.

Calvin, donc, appartenait désormais à Genève, et Genève à Calvin. Comme Dieu sait se servir de tout et de tous ! C'était le futur apostat de la Réforme, Du Tillet, qui avait informé Farel de la présence de Calvin, et lui avait conseillé de l'aller voir.

Dieu, avons-nous dit, lui donnait Genève ; mais Dieu la lui donnait à conquérir. C'est cette conquête que nous avons maintenant à raconter.

Calvin ne se posa point en conquérant. L'eîit-il voulu, il ne le pouvait, car la conquête officielle était faite, et, quant à l'autre, la vraie, l'intime, il la trouvait commencée, sur tous les points, par

Farel. Loin de vouloir se mettre à la place de celui-ci, il n'accepta jnême pas, d'abord, d'être son collègue dans le ministère pastoral; sa charge, assez mal définie , fut quelque temps comme un milieu entre le professorat et la prédication. Il paraît qu'on ne fixa nême pas les honoraires, car nous lisons aux registres du Conseil, à la date du 13 février 1537 : c< On donne six écus d'or à Cauvin, soit Calvin, vu qu'il n'a encore guères reçu. » Le 5 septembre de l'année précédente, il est appelé « ce Français. » C'est la première mention qui soit faite de lui dans les registres.

Ce Français ne s'était donc engagé qu'à donner des leçons sur l'Écriture ; mais ces leçons se donnaient dans la cathédrale, et, vu le lieu, vu la foule , elles ne pouvaient que ressembler fort à des prédications proprement dites. Les Genevois avaient beaucoup à apprendre en fait d'instruction religieuse ; mais Yéducation religieuse laissait encore plus à désirer, et le prédicateur, en conséquence, ne quittait jamais un sujet sans l'avoir largement développé au point de vue de la pratique et des mœurs. Comme Farel, il entendait n'appeler Réformation que ce qui vivrait et grandirait sur le sol religieux ; comme Farel, il ne parlait de rien moins que de faire produire à cette révolution, mêlée de tant d'éléments moins purs.

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