LIVRE PRBUIER
dre la piyrtée de§ germifg déposés dans sa tète à lui, dans son cœur, par la parole du maître. Lancés, bientôt après, dans les plus redoutables luttes, les hommes de cette époque n'ont pas eu le temps ni probablement la pensée de se replier sur euxmêmes pour étudier leur propre histoire ; ils n'ont du moins pas so&gé que cette étude intime pût avoir, plus tard, quelque intérêt, et, s'ils Font faite, ils Font gardée pour eux. Luther seul est moins réservé, bien que ne songeant pas davantage à nous donner une analyse exacte, complète, de ce qui s'était passé en lui ; sa verve naïve et causeuse lui a fait semer çà et là des traits qu'on a pu coordonner, et qui ont fini par former un tableau vivant de sa jeunesse, de ses luttes, de ses transformations. Ces traits, dans les écrits de Calvin, sont rares ; même dans la fameuse préface de son Commentaire sur les Psaumes, où il résume sa vie, il se contente de nous dire qu'il a été d'abord « plus attaché que personne aux superstitions papales, » et que Dieu lui a fait la grâce de l'en détacher. Point de dates, point de détails, et, partout ailleurs, moins encore ; on pourrait ne pas se douter qu'il a commencé par être de ceux qu'il attaque maintenant. Homme d'autorité, i) parle comme s'il eût toujours été le même ; il semble croire qu'il l'a toujours été, et peut-être, au fond,
le croit-il, car il a besoin de le croire : la pensée qu'il ait pu changer une fois, qu'il ait eu à changer pour arriver à l'Évangile , l'importunerait, semble-t-il, et l'humilierait. Ce sentiment est un des secrets de sa force. Luther entraîne comme homme, et parce que vous, homme, vous vous reconnaissez en lui ; Calvin entraîne comme maître et parce qu'il n'a rien de vos faiblesses, ou, du moins, n'en laisse rien voir.
On aimerait savoir aussi quelque chose de l'impression que produisaient sur lui les rigueurs déjà déployées, à Paris, contre les luthériens^ car ce mot était encore le seul qu'on employât. Il put voir brûler, sur la place de Grève, ce pauvre Jacques Pavanne, protestant à Meaux, catholique ensuite, par faiblesse, dans les prisons de Paris, ramené, par le remords, à la foi évangélique, heureux de la confesser, heureux de mourir pour elle^ et premier martyr de la Réforme à Paris. Il put aussi voir brûler, au Parvis Notre-Dame, ce bon ermite que l'Évangile était allé chercher dans la forêt de Livry, et qui, un beau jour, s'était trouvé protestant, hérétique, brûlable, tout en croyant n'être devenu que plus charitable et plus chrétien. Que pensait Calvin de ces supplices? Hélas! la suite ne devait que trop montrer qu'il n'y puisa pas l'horreur des répressions de ce genre. Mais un fait reste