‹ CalvinChapitre 70 sur 212 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

de l'état chrétien^ chrétien dans les détails comme dans l'ensemble de ses lois, et se considérant comme responsable, devant Dieu, de toutes les actions des citoyens.

Ainsi entendu, l'état chrétien devient nécessairement VÉtat-Église. Il règle souverainement la foi, fondement de l'édifice; il règle souverainement tout ce qui va s'élever sur cette base, c'est-àdire tout, sans exception, C6ir il n'est rien, chrétiennement parlant, qui ne se lie à la foi et qui n'ait à être déterminé par la foi. La foi occupera donc, dans l'État, la place que nous sommes tous d'accord à lui assigner dans l'individu ; l'État forcera l'individu à faire, en vertu de la foi commune, tout ce que le même individu, aie supposer pleinement chrétien, ferait en vertu de sa foi individuelle.

Yoilà l'erreur. La foi, même commune à tous les membres d'une société constituée, est toujours, au fond, individuelle ; la communauté . de foi est un fait extérieur d'où ne peuvent sortir logiquement que des conséquences extérieures, communauté de culte, organisation ecclésiastique, etc. Ainsi, même fixée sous forme de confession, la foi doit encore être laissée, quant à ses conséquences de détail, à la conscience de chacun. Éveiller et vivifier, chez tous, le sentiment de leur responsabilité devant

Dieu et devant les hommes, voilà la tâche des prédicateurs de la foi, tâche que l'autorité civile pourra et devra leur faciliter ; mais, cette responsabilité, laissons-la tout entière à tous, et que ni l'État ni l'Eglise ne prétendent se substituer à leur conscience.

Voilà, selon nous, la vraie marche. Remarquez cependant que ce système, conforme, selon nous, à l'esprit du christianisme et à la vraie nature de la foi, nous jette, comme celui de Calvin, dans la poursuite d'un idéal, et que Calvin aurait beau jeu à nous demander aujourd'hui ce que devient, dans la pratique, cet idéal réputé plus sage que le sien. « Ces consciences, nous dirait-il, à qui vous laissez le droit de déterminer elles-mêmes ce que la loi de Dieu leur permet ou leur interdit, combien y en a-t-il qui se règlent réellement, sérieusement, sur la loi de Dieu ? Vous me reprochez d'être tombé dans l'extrême; n'êtes-vous pas dans l'extrême contraire, vous dont les lois ne frappent que ce qui les offense elles-mêmes, çt permettent tout ce qui n'ofiense que Dieu? Vous n'avez pas résolu le problème, poursuivrait-il; vous avez passé à côté. Moi, je l'ai abordé résolument. La foi posée, j'ai voulu toutes les conséquences de la foi. Je les ai voulues dans l'État comme dans l'Église, dans chacun des citoyens comme dans l'État. J'ai été

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