LIVRE DEUXIÈME
foi, conclut-il, non-seulement ne nous rend pas nonchalants à bonnes œuvres, mais est la racine dont elles sont produites.» Delà prédestination, pas un mot. Le théologien se condamne donc un peu lui-même, puisqu'il omet ici ce qu'il a prêché ailleurs comme étant de la plus haute importance ; mais le chrétien montre une fois de plus son sens droit, pratique et pieux.
Ce même sens pratique et pieux n'est pas moins à louer dans la troisième partie, celle qui traite de la prière. Elle renferme onze chapitres, onze dimanches, car l'ensemble du livre est une espèce tannée chrétienne où chaque semaine a son chapitre. Ce chiffre de onze, plus d'un cinquième du tout, dit assez l'importance que Calvin met à la prière, et on pourrait citer bien des endroits pour montrer à quelle hauteur il la place. Nulle part son christianisme n'est plus spirituel et plus vivant que dans ce qu'il enseigne sur l'homme allant à Dieu dans tous ses besoins de corps et d'âme.
La quatrième partie traite de la Bible, du saint ministère et des sacrements. La fin est un peu froide ; il s'agit de << l'ordre et police » à observer dans l'administration de la Cène. Mais, dans la question même de la Cène et de ce qu'elle est pour le fidèle, l'auteur n'a rien oublié ni rien omis.
Tandis que la génération nouvelle se formait, dans l'école, à celte conception féconde du christianisme évangélique, l'ancienne se divisait toujours plus profondément en amis et en ennemis de l'Évangile. Le iO novembre n'avait pas tenu ses promesses ; s'il avait raffermi des faibles et rallié des incertains, il avait irrité les violents. Le Grand-Conseil, disaient ceux-ci, avait outrepassé ses droits en votant un code nouveau ; le Conseil- Général * aurait dû être convoqué. C'était vrai ; mais il est douteux qu'une votation plus régulière les eût trouvés plus soumis. Forcés d'obéir, ils épiaient toute occasion de troubles, et se préparaient à en user pour secouer le joug ^.
Ce fut donc avec joie qu'ils accueillirent, en février 1857, deux de ces anabaptistes avec lesquels Calvin, dans son épttre au roi de France, avait repoussé si hautement toute solidarité. André Benoit et Hermann de Liège valaient mieux, à
* Composé de tous les citoyens.
2 Nous avons eu de grandes obligations, dans le tableau de ces luttes, à VHistoire de l'Église de Genève^ par M. Gaberel.