‹ CalvinChapitre 74 sur 212 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

ce qu'il paraît, que beaucoup de leurs confrères ; mais ils n'en professaient pas moins ces doctrines qu'on avait Tues se traduire par les plus aiFreux désordres. D'ailleurs, les plus pieux avaient été souvent les plus dangereux. Fervents chrétiens en certaines choses, leur spiritualisme illuminé s'associait, on ne sait comment, au plus grossier matérialisme, au culte de la force, au mépris de toutes les lois morales et sociales. Voilà ce que représentaient les deux hommes qui venaient s'implanter au sein de Genève à peine sortie du chaos, et défier ceux qui l'en avaient tirée.

Ils demandaient, en effet, une conférence avec les réformateurs, une dispute^ comme on disait. Le Conseil refusa d'abord ; il craignait que cette dispute ne servît qu'à montrer combien ces hommes avaient d'amis. Calvin demanda qu'on acceptât; il craignait, avec encore plus de raison, qu'on ne l'accusât d'avoir eu peur, et que cette peur prétendue ne les aidât à recruter des adeptes. La conférence eut donc lieu, mais devant le Conseil seulement. Elle dura deux jours. On discuta successivement sur le baptême, l'excommunication, la nature de l'âme, que les anabaptistes faisaient matérielle. Calvin releva surtout ce dernier point; ses arguments, belle démonstration de la spiritualité et de l'immortalité de l'âme, ont été repris et

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développés par lui dans sa Briève instruction pour armer tout fidèle contre les erreurs des anabaptistes [i S44) . Le Conseil fut heureux de la victoire de Calvin, et les deux hommes, le 19 mars, furent chassés de la ville; mais les Libertins — c'est le nom que Ton commençait à donner aux ennemis du nouvel ordre de choses — ne se tinrent point pour battus. Ils annonçaient ouvertement l'intention d'en finir bientôt avec les réformateurs et leurs lois.

Farel et Calvin, de leur côté, ne cédaient rien. Ils avaient acquis un auxiliaire, Corault, jadis moine, prédicateur ensuite de la reine de Navarre, vieux, aveugle, mais plein de verve. Il les soutenait de son courage et les aidait de son éloquence, inculte, mais puissante. Beaucoup de gens prétendant ne pas se considérer comme liés par la confession de foi, les pasteurs demandèrent qu'on l'imprimât, qu'on l'envoyât à tous les citoyens, et qu'on fît demander à chacun, par le dizenier du quartier, s'il entendait, oui ou non, se soumettre. Ainsi fut fait; mais cette ûiesure rencontra un genre d'opposition auquel on n'avait pas songé : plusieurs des mécontents refusèrent de dire ni oui ni non. Selon nos idées modernes, ils étaient dans leur droit; selon les idées du temps, c'était une révolte, et, d'ailleurs, avec ce que nous sa-

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