LIVRE DEUXIÈME
vons de leurs tendances, il est probable que les motifs sérieux, religieux, qu'on invoquerait aujourd'hui en pareil cas, entraient pour peu de chose dans leur opposition. Évidemment, ce n'était pas la partie dogmatique de la confession de foi, mais la partie morale , qui excitait leurs répugnances. Volontiers ils auraient signé le dogme, sinon comme expression de leur foi, du moins comme confirmation et monument de leur rupture avec le catholicisme ; mais, les conséquences chrétiennes, ils n'en voulaient à aucun prix. C'est ce que leur disait Corault, avec une crudité qui le leur rendit bientôt plus odieux encore que ses collègues.
La majorité appartenait cependant encore aux pasteurs et à leurs amis ; mais la minorité était de celles qui ne se soumettent pas et finissent toujours par triompher, au moins pour un temps. Le Conseil, ayant réussi à en détacher quelques citoyens, crut pouvoir décider que ceux qui ne se soumettraient pas seraient bannis ; mais cette mesure ne reçut pas même un commencement d'exécution, et les opposants commencèrent à s'organiser ouvertement en vue des élections prochaines, qui allaient avoir lieu en février. On entendait, jusque par les rues, des orateurs déclamant contre les ministres, contre leur despotisme intolérable, et, à un cer-
tain point de vue, ces orateurs étaient dans le vrai. Genève avait eu, sous les évêques, beaucoup plus de liberté, dans le sens cher aux amis du plaisir et du désordre, et les Libertins avaient beau jeu à faire vibrer cette corde-là. « Que restait -il des vieilles franchises de la ville ? On ne les avait donc conservées, malgré le duc, malgré Tévêque, que pour se laisser imposer, au nom de la religion, des lois auxquelles Tévêque n'avait jamais songé, et que le duc n'aurait pas appuyées? » On n'oubliait qu'une chose : c'est que ces lois et l'observation de ces lois étaient désormais la meilleure ou plutôt l'unique sauvegarde et contre Tévêque, et contre le duc. Devant ce redoublement de haines que Genève venait d'exciter contre elle en rompant avec son passé religieux, il lui fallait, comme les événements allaient le montrer bientôt, d'autres remparts qu'un patriotisme tout humain. La liberté comme on prétendait l'entendre n'eût fait que préparer la ruine de l'indépendance politique, et Rome eût bientôt ressaisi sa proie, redescendue dans les basses régions de l'ignorance et de l'immoralité. Une Genève pleinement et sincèrement nouvelle pouvait seule être à la hauteur de sa nouvelle tâche et de ses nouveaux périls.
Le gouvernement était donc réduit à l'impuissance. Les libertins avaient des représentants dans